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| | L'HISTOIRE de CLAIR-VIVRE de 1954 à 1976 par Monsieur JEAN HACCURIA directeur de 1964 à 1976 | ||||||
Naissance d'un mouvement pédagogique Depuis
la fin de la guerre 40- 45, Evere (commune de la banlieue de Bruxelles) est en
pleine expansion. |
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Naissance d'une école
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La première idée travaillée prévoyait deux classes de grandes dimensions à un même niveau, séparées par un local commun qui servirait de local de projections, de bibliothèque de travail et de lecture, de travaux particuliers (expériences, maquettes, montages ) qui pourraient rester un certain temps sans mobiliser une partie du local classe. Le
local de classe se compose d'une superficie de 8 m sur 9 m pour le travail collectif
et d'une demi-superficie pour l'aménagement de coins-ateliers, de l'imprimerie
scolaire, de la table de peinture, de la table de calcul
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Dès
1957, la décision est prise de passer à la construction de cet ensemble
de trois pavillons plus un bâtiment central à front de rue. En
1962-1963, l'école comptait 195 élèves. Cette
courbe ascendante de population n'a pas cessé d'augmenter car, outre les
enfants du quartier: |
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Il
convient d'insister sur l'aspect du mélange de population à l'école.
D'année en année, nous sommes de plus en plus convaincus que ce
mélange est une source d'enrichissement pour les enfants, tant sur le plan
du niveau scolaire que sur celui des relations sociales. En 1976-1977, voici,
à ce niveau, quelle est la physionomie de la population de l'école. Au
niveau du domicile, il y a : En ce qui concerne le choix de l'école, en fonction de l'option pédagogique (soit par conviction et parfois par remédiation), il y a actuellement 324 élèves sur 776 dont les parents ont fait ce choix, soit 41% de la population totale de l'école. |
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| L'engagement de l'école dans la pédagogie Freinet
Cet
engagement se fit très naturellement puisque depuis 1954, toutes les écoles
communales d'Evere avaient, sur le souhait de leurs autorités communales,
fait un effort de modernisation et avaient introduit dans leurs classes la pratique
du TEXTE LIBRE, de l'IMPRIMERIE à l'école, des CONFERENCES d'enfants,
de la COOPERATIVE SCOLAIRE et du CONSEIL de CLASSE. Dans
un premier stade (1954-1957), des réunions inter-écoles furent organisées
après 16 heures et étaient de réelles séances d'initiation
et de confrontation du travail journalier. La
pratique d'une pédagogie active répond aussi aux aspirations de
libération, d'autonomie, de participation sociale des jeunes. Si, en toute objectivité, cette situation, parfois difficile, du comportement du personnel de l'école vous est présentée, il faut cependant reconnaître que ce personnel reste convaincu que la pédagogie Freinet est celle qui apporte le plus de solutions valables aux problèmes de l'enseignement, que ce personnel développe partout où il le peut ce climat de travail, d'honnêteté et de contact social, qu'il défend partout la pédagogie pratiquée, qu'il applique cette pédagogie à ses propres enfants, qu'il est convaincu et parfaitement conscient qu'il ne pourrait plus pratiquer une pédagogie plus ou moins dogmatique. |
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2. Les parents Les
relations avec les parents sont évidemment importantes dès que l'on
pratique à l'école d'autres méthodes que celles qu'ils ont
eux-mêmes vécues. Nous conseillons toujours aux parents de ne rien laisser passer sans prendre contact avec l'école ; en effet, les réactions de l'enfant à l'école sont conditionnées par la façon dont les parents apprécient le travail de l'école. Et si, actuellement, des difficultés surgissent chez beaucoup d'enfants sur le plan de l'intérêt à l'école et en dehors, c'est parce que la vie familiale est trop souvent régie par le laisser-aller et l'indifférence. Comment voulez-vous alors que l'enfant réagisse autrement ? L'expression libre et la communication doivent donc être d'application aussi dans les relations parents-école. Une autre relation primordiale avec les parents est l'existence d'une association de parents. Dans un climat comme celui de la pédagogie Freinet, il est indispensable de susciter la participation des parents à la vie de leurs enfants à l'école, et il faut que cette participation aille dans le sens d'une collaboration étroite. Or, comment la réaliser si l'école reste fermée aux parents ? Tout ce qui concerne l'éducation et l'instruction de l'enfant doit donner lieu à réflexion chez les parents ; toutes les questions qui y sont relatives, même la pédagogie,la psychologie, la méthodologie doivent les intéresser. C'est de cette façon qu'à Clair-Vivre, les parents ont formé spontanément un groupe de travail pour essayer de mieux comprendre le pourquoi de tout ce qui se fait à l'école. Ces parents y sont parvenus par information, par des lectures, par des discussions. Leur première motivation est évidemment leur propre enfant, au travers duquel ils sentent une attitude, un enthousiasme au travail, un amour de l'école et de tout ce que l'on y fait. Ce même enthousiasme habita bientôt ces parents qui, devant l'absence d'une majorité de parents aux réunions d'information, devant le manque d'intérêt pour l'éducation de leurs enfants, ont voulu faire partager leur enthousiasme, leur nouvel engagement par les autres. A cet effet, ils ont rédigé et édité une plaquette qui a pour but de bien expliquer et de bien faire comprendre ce qu'est l'école Clair-Vivre, ce qu'elle veut réaliser avec les enfants, et combien il est important que les parents appliquent les mêmes principes de vie sociale et de participation dans leur vie familiale. |
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Un extrait du chapitre " Vivre chez soi comme à Clair-Vivre " est édifiant : "
Développement, liberté, responsabilité
non seulement
à l'école pour les enfants, mais pour tous en famille.
"
Etre plus grand ne signifie pas forcément être au-dessus des autres.
" "
L'enfant, pas plus que l'adulte, n'aime être commandé d'autorité.
" "
La voie normale de l'acquisition n'est nullement l'observation, l'explication
et la démonstration
mais le tâtonnement expérimental,
démarche naturelle et universelle. " "
Ce n'est pas le jeu qui est naturel à l'enfant, mais le travail. " " C'est de
l'échange que naîtra l'équilibre des relations. " " L'enfant
n'aime pas écouter une leçon ex-cathedra. " " Notre amour et notre lucidité nous permettront de reconnaître les tendances positives de notre enfant et de l'aider à les développer en pleine liberté conscience responsabilité ". Ainsi, on peut dire des parents ce qui a été dit du personnel enseignant et éducateur ; c'est au travers de la pratique que s'est édifiée leur conviction et c'est au travers de leur enfant que les parents perçoivent le besoin d'avoir, eux aussi, une attitude active et de vouloir, avec leur enfant, la construction d'une société meilleure. Dès qu'il comprend cela, l'individu est prêt pour l'engagement indispensable qui permettra de dépasser l'individualisme. Avec les parents aussi, la pratique a démontré que la voie à suivre est celle du travail : faire quelque chose ensemble supprime les attitudes négatives. C'est par le travail coopératif que l'on apprend à se connaître, à s'apprécier, à se supporter. C'est pas la discussion et l'échange d'idées que l'on parvient à bien se comprendre. La bonne entente avec les parents est le fruit de la disponibilité de chacun, de la possibilité de communication facile. |
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Ecole communale et pédagogie Freinet
C'est la question que l'on pose très souvent, que trop de collègues posent ou se posent afin de trouver le bon argument pour ne pas faire l'effort d'évoluer. Il est assez de collègues qui ont su changer leur enseignement. A Clair-Vivre, c'est le personnel de toute une école, ce sont 45 enseignants qui savent travailler en commun au bien-être des enfants qui leur sont confiés. Trop souvent, on a tendance à considérer que les pédagogies nouvelles ne peuvent s'appliquer que dans des conditions spéciales, c'est-à-dire extraordinaires, comme par exemple en école privée, ou à l'enseignement spécial, soit là où les exigences de programme sont moins rigoureuses. Freinet a cependant pensé et bâti sa pédagogie pour l'appliquer à l'enfant du peuple, c'est-à-dire pour apporter la libération aux socialement démunis, pour qu'ils prennent conscience de leurs possibilités, pour qu'ils affermissent leur confiance en eux-mêmes, afin qu'ils arrivent à faire respecter leur dignité d'homme, afin que la société soit enfin égalitaire et que l'exploitation de l'homme par l'homme cesse, que le monde soit finalement plus juste, plus honnête, plus humain. Ce genre d'espoir a été tellement galvaudé que le peuple n'y croit plus, que l'on s'oriente de plus en plus vers une société de passivité et d'indifférence, de blocs puissants qui gardent farouchement le pouvoir et s'organisent pour que jamais leurs façons d'agir ne soient mises en cause. C'est l'école qui pourra progressivement former des générations qui seront capables de développer l'esprit coopératif et la justice au sein du groupe dans lequel elles travaillent, dans lequel elles vivent, au moyen de procédés vraiment démocratiques, et sous le contrôle permanent du groupe. C'est l'école communale, l'école du peuple, l'école de tous, qui est la seule à pouvoir réaliser cet avenir, parce qu'elle a la force du nombre. Ce ne sont pas seuls quelques privilégiés qui peuvent jouir de l'avantage de situations libératrices, c'est la masse des individus qui doit pouvoir accéder à la condition de citoyen libre. C'est pour cette raison qu'une école comme Clair-Vivre connaît le soutien des parents, parce qu'ils ont vécu la libération de leur enfant et son éveil aux problèmes sociaux du groupe dans lequel il vit, parce qu'eux-mêmes ont profité de cet éveil grâce aux liens nés par la communication et la discussion, apportées à la maison par leur enfant. L'on peut affirmer que l'on voit l'attitude souvent effacée, même passive, des parents changer au cours des 9 années que leurs enfants passent à Clair-Vivre. Ces derniers communiquent à la famille toutes les situations vécues à l'école ; et, au fil des années, les parents acquièrent également cette conscience sociale et cet esprit ouvert à l'acquisition de nouvelles connaissances. Il en est de même des anciens élèves, lorsque, devenus parents eux-mêmes, nous retrouvons en eux avec fierté nos semences épanouies ; ils sont toujours prêts à participer intensément à toutes les manifestations de la vie et à aider leurs enfants à trouver le chemin du bonheur. |
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C'est donc avec un sentiment de fierté pour la concrétisation d'un idéal politique dans l'éducation que les dirigeants politiques voient vivre et se développer cette école, mais c'est aussi avec le scepticisme de ceux qui ne croient plus au changement. C'est peut-être parce que leurs conceptions du gouvernement de la société se sont éloignées si fort de leur idéal politique (s'il leur en est resté). Avec les inspections cantonales et principales de l'Etat (dont les titulaires changent bien souvent), les relations ont toujours été excellentes. Il nous semble que c'est parce que ces fonctionnaires, qui ont été des éducateurs, savent apprécier, et l'effort que nous déployons, et la somme de travail accompli, et la validité du contenu de notre enseignement ainsi que son orientation sociale. Ces inspections nous soutiennent toujours dans tous nos efforts d'adaptation, dans nos tentatives. Nous nous en réjouissons, car c'est pour nous une aide précieuse ainsi qu'une garantie que nous sommes sur la bonne voie. Peut-être ne sont-elles pas toujours entièrement d'accord avec toutes nos façons de faire et ne nous suivent-elles pas dans toutes nos conceptions assez puristes quant à la motivation du travail, et quant à notre attitude par rapport aux " apprentissages systématiques " dont nous critiquons l'aspect trop souvent scolastique. Par ailleurs, au fil des années, des liens se sont établis entre l'école et pas mal d'écoles normales du pays et de France, de tendances diverses. Régulièrement, les apprentis de la profession viennent visiter l'école pour prendre contact avec la pratique de la pédagogie Freinet. De toutes parts nous parviennent des demandes de stages. C'est le plus souvent avec un grand enthousiasme que ces jeunes viennent s'initier à une pédagogie qui répond si bien à leurs aspirations et à leurs espoirs de jeunes. |
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Rénovation de l'enseignement fondamental
L'inspection favorisa les expériences diverses tentées par les enseignants. Une adhésion volontaire de tout le personnel d'une école fut même demandée par voie de vote, et des contacts entre écoles engagées dans un processus de rénovation eurent lieu. Mais la répercussion de ces essais fut faible, car peu d'écoles menèrent un travail suffisamment approfondi en la matière, du fait que les enseignants ne s'engageaient pas dans la voie d'un changement qu'ils n'acceptaient que du bout des lèvres. Vers 1970, un Conseil national des Parents fut créé et devint l'interlocuteur auprès du Ministère de l'Education nationale. Des réunions régulières eurent lieu et progressivement tous les acteurs de l'éducation furent invités à y participer : parents, syndicats, inspection, l'Union des Villes et Communes, de même que les pouvoirs organisateurs de l'enseignement libre et celui de l'Etat, les universités. Ainsi, par trois années de recherches, en 1975 un document sur la rénovation de l'enseignement fondamental fut rédigé et diffusé. Une expérience fut suscitée et un appel lancé à des écoles volontaires. Treize écoles de chaque réseau furent admises à participer et y trouvèrent quelques moyens supplémentaires au niveau de l'encadrement. Deux animateurs pédagogiques de chaque réseau furent désignés afin de suivre sur le terrain les expériences engagées. Clair-Vivre s'engagea dans cette expérience et fut considérée comme répondant le mieux à la mise en place de la structure verticale, c'est-à-dire la constitution de classes groupant des enfants de 5 à 8 ans. Notre évaluation fut très positive et les résultats obtenus étaient une amélioration de l'autonomie des élèves et de leur participation active à leur problème. Une meilleure reconnaissance du niveau de chaque enfant permettait une intervention et une remédiation plus rapides. Depuis, nous avons constaté que nos orientations pédagogiques répondaient le mieux aux suggestions et aux objectifs proposés par les textes de l'autorité de l'Education nationale. |
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Conclusion
Ce travail est et reste un combat journalier contre soi-même, contre le dogmatisme pédagogique, contre la scolastique si rapide à se fixer, contre l'autorité même. Mais ce combat est pacifique et la somme de bonne foi, mais aussi de persévérance que l'on apportera à sa cause seront les garants de la réussite. Dès que toute une communauté éducative est engagée dans cette voie, rien, sinon l'erreur, ne peut l'arrêter. C'est pourquoi, à Clair-Vivre, tout et tous continuent dans le sens de cette libération de l'individu et de la société. L'école reste un vaste chantier de recherche permanente, rien n'y est définitif sinon les valeurs immuables qui restent nos convictions profondes et sincères. L'enfant y est heureux, parce que c'est son propre travail qui lui apporte l'évolution et le développement. L'enseignant s'y sent à l'aise, parce qu'il sait et voit que son travail, son action sont utiles. Les parents y trouvent aussi leur compte, puisque l'école de leurs enfants devient pour eux l'école de l'éducation permanente, sur le chemin d'une vie qui ne s'arrête jamais. Mais tout cela n'a été possible que parce qu'un jour, un instituteur français, Célestin FREINET, a ouvert cette voie qui est celle de la vie. Comme elle, l'éducation ne s'arrêtera jamais, toujours adaptée au temps, aux circonstances, au milieu, aux individus, pourvu que toujours elle soit remise en question en respectant les grands principes d'une éducation valable : la base de la vie de l'individu est et reste le travail. Ce travail avec tout ce qu'il comporte d'enthousiasmant, avec sa part de création, de liberté, de tolérance, de mise en commun au bénéfice de la société toute entière et de son devenir meilleur. |
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