| A.
de 1920 à 1928 15
octobre 1896 : naissance de Célestin Freinet à Gars. Mobilisé
dès 1915, il est grièvement blessé au poumon droit, près de Soissons. Le 1er octobre1920,
Célestin Freinet est nommé instituteur adjoint, à Bar-sur-Loup (Alpes maritimes).
Physiquement diminué, les médecins l'ayant condamné à "la chaise longue sous
les pins", Célestin Freinet constate son impuissance à instruire les enfants par
les méthodes traditionnelles. La classe de 35 élèves l'épuise. Il en est réduit
à improviser une pédagogie personnelle qui concilie ses possibilités et celles
des enfants. Dès 1920, Freinet combat dans la première organisation syndicale
de l'Enseignement. Freinet écrit dans l’École émancipée et Clarté ( "Vers l’école
du prolétariat"). En 1924, Freinet y dénonce l'endoctrinement idéologique
de l'école : « ... Désormais, sous les grands mots de justice, de fraternité,
de patrie ou d'humanité, se cachent les vrais mobiles d'action : les intérêts
capitalistes... » Il songe, à un moment donné, à préparer l'Inspection primaire.
Ses études lui permettent de se familiariser avec les maîtres de la pédagogie
et d'étudier tous les mouvements d’Éducation nouvelle qui foisonnent au sein de
la pédagogie internationale. Il lit Rabelais, Montaigne, J.J. Rousseau, Pestallozi,
Mme Montessori, Cousinet, Decroly, Makarenko, Korczak, Piaget, Ferrière... qui
l'aideront dans sa tâche d’éducateur. Il participe au Congrès de la Ligue
internationale de l’Éducation nouvelle à Montreux (Suisse) et y rencontre les
pédagogues de l'Institut J.J. Rousseau de Genève, A. Ferrière, Claparède et Bovet
(le livre de A. Ferrière, « L’École active », aura une grande influence sur Freinet),
Cousinet venu rendre compte de ses premières expériences de travail par équipes,
Coué,... Freinet est à la fois emballé et déçu, car il apparaît un décalage entre
cette éducation nouvelle, soucieuse de donner à l'enfant un rôle éducatif, applicable
pour les écoles possédant le matériel éducatif et la pauvre école de Bar-sur-Loup
si déshéritée, si dénudée, si inadaptée... A son retour, Freinet s'engage
à fond vers le matérialisme scolaire. ...Il prend conscience plus encore de la
dépendance étroite de l'école et du milieu et combien la société conditionne l'école
et l'enseignement. Il n'y a pas de pédagogie sans que soient remplies les conditions
économiques favorables permettant l'expérience et la recherche. Il n'y a pas d'éducation
idéale, il n'y a que des éducations de classes... Nommé professeur de lettres
à l'E.P.S. de Brignoles à la rentrée scolaire (1923), il reprend, le soir même,
la direction de Bar-sur-Loup. Il continue à observer ses enfants: « A leur contact,
il comprend définitivement qu'il lui faudrait chercher dans la vie même de ses
enfants les éléments de son travail pédagogique, s'appuyer sur leurs intérêts
profonds pour satisfaire ce besoin d'activité dont Ferrière avait dit, si magistralement,
la nouveauté dans son École active. » Tous les après-midi, l'école s'ouvre
sur la vie du village. Au retour de ces « promenades », on rédige un petit compte
rendu, les enfants le lisent, l'écrivent sur leur cahier et l'illustrent : c'est
la naissance des enquêtes préconisées par les Instructions officielles de 1923
! Pour l'époque, cette « école ouverte sur la vie » était déjà quelque peu révolutionnaire.
Avec quelques personnes dévouées, Freinet crée à Bar-sur-Loup, une coopérative
de consommation et de vente des produits locaux. Freinet partage ainsi son temps
entre sa classe où il innove et cette œuvre sociale commune au village. Mais
le grand souci de Freinet reste évidemment sa classe, totalement inadaptée aux
besoins des enfants. Il cherche, cherche. En
feuilletant une revue, courant 1924, Freinet voit, en réclame, l'annonce de la
presse CINUP. C'est la découverte de l'outil. L'IMPRIMERIE A L'ECOLE EST NEE !
Quel enthousiasme malgré le sourire sceptique de la plupart ! Cet outil,
"l'imprimerie", va orienter totalement sa pédagogie : il va faire entrer la pensée
de l'enfant dans le contexte scolaire : le texte libre fait de l'enfant l'acteur
de sa propre éducation. Il appelle des activités libres, une organisation nouvelle
et rationnelle du travail, une discipline nouvelle coopérative et, au-delà, il
élargit le complexe éducatif par la correspondance scolaire. Freinet, dans les
pages de la revue « Clarté » et celles de la revue « L’École émancipée », commence
à jeter les bases d'une technique pédagogique qui va révolutionner les méthodes
d'enseignement : Plus de manuels scolaires ! « L'enseignement est lié à la vie
et basé sur l'intérêt de l'enfant. » Freinet rend compte des résultats favorables
de son expérience d'imprimerie à l'école dans l'E.E., revue de la fédération de
l'Enseignement : c'est ainsi qu'un premier disciple, René Daniel, vient se joindre
à ses efforts. Un premier pont est jeté entre Saint-Philibert-Tregunc (Finistère)
et Bar-sur-Loup. La correspondance interscolaire vient de naître. « Maintenant,
nous ne sommes plus seuls ! » pourra écrire Freinet. Sur le plan social,
Freinet continue son action dans le cadre coopératif à Bar-sur-Loup : une épicerie,
une boucherie et une boulangerie coopératives voient le jour. D'autre part,
Freinet devient secrétaire du syndicat de l'Enseignement. Dans le fil des courants
politiques et idéologiques des années 1920, Freinet prend connaissance des œuvres
de Marx, Engels et Lénine. En 1925, il visite avec d'autres pédagogues des
écoles à Léningrad, Sakatov, Moscou et Stalingrad. Il est fortement marqué par
la pauvreté et les rapports simples, en Russie, qui le font beaucoup penser à
sa pauvre école de Bar-sur-Loup. Freinet relatera ses impressions sur les écoles
soviétiques qu'il a visitées et ses contacts avec les pédagogues russes dans une
brochure : "Un mois avec les enfants russes". Son école doit éduquer et former
par la vie, pour la vie, par le travail. Freinet crée un syndicat communal
dans son village. Une petite usine électrique voit le jour. Cette entente solide
avec les travailleurs ouvriers et paysans du village pour une œuvre commune le
réconforte. De nouveaux adeptes se joignent aux deux premiers correspondants
imprimeurs. Élise vient travailler avec Freinet à Bar-sur-Loup et le secondera
d'une façon merveilleuse. Le cercle s'agrandit : dix écoles avec une imprimerie
dont une à Oran, une à Bruxelles, une chez le grand pédagogue suisse A. Ferrière.
Freinet fait le bilan de ses deux dernières expériences dans le premier numéro
de « L'Imprimerie à l'école », paru en février 1926. Freinet met au point de nouvelles
presses, pendant que plusieurs copains volontaires se partagent diverses tâches.
Nous assistons à un travail d'équipe au niveau des camarades imprimeurs. Tout
se fera en coopération étroite. C'est ainsi que paraîtra, en 1927, la première
édition de « La Gerbe » (corevue d'enfants, composée et imprimée par les écoles
travaillant avec une imprimerie). 
De nouvelles adhésions nationales et internationales ont lieu et le Premier congrès
des Imprimeurs se tiendra en août 1927, à TOURS avec 41 participants. En
octobre 1927, création à BORDEAUX de la Cinémathèque coopérative de l'Enseignement
laïc qui deviendra, lors du Deuxième congrès de l'Imprimerie à l'école, à PARIS
(août 1928), la Coopérative de l'Enseignement laïc (C.E.L.). Décisions prises
lors de ce congrès : Un bulletin mensuel de 32 pages assurera la propagande, groupera
les critiques, les conseils, mettra au point matériel et technique, étudiera les
divers conseils pédagogiques que posent les différentes techniques. Le titre sera
: « L'Imprimerie à l'école, Le Cinéma, La Radio et Les Techniques nouvelles d’Éducation
populaire » (revue pédotechnique mensuelle, organe de la Coopérative de l'Enseignement
laïc). Au cours de cette année scolaire (Pâques 1928), C. Freinet est désigné
par l'Internationale de l'enseignement comme délégué au congrès pédagogique international
de Leipzig. Après huit années de classe à Bar-sur-Loup où il était seul au
début, Freinet est nommé à Saint-Paul-de-Vence. 
B.
d’octobre 1928 à juillet 1935 (Saint-Paul-de-Vence)
 |
Les difficultés
scolaires réapparaissent ici avec là même acuité qu'à Bar-sur-Loup... peut-être
même plus ! Dans le numéro de décembre 1928 de l'Imprimerie à l'école : "Vers
une méthode d’Éducation nouvelle pour les écoles populaires", Freinet fait le
point, soulève des questions de fond qui caractériseront son œuvre par rapport
à celle de grands pédagogues qu'il a pourtant admirés (tel que Ferrière). D’une
part, c’est l’enfant qui doit s'éduquer, s'élever, avec le concours des adultes.
La vie de l'enfant, ses besoins, ses possibilités sont à la base de la méthode
d'éducation populaire. D’autre part, il faut placer les problèmes pédagogiques
dans leur contexte social. A SAINT-PAUL-DE-VENCE, va s'affirmant la richesse
d'un complexe éducatif: Dès 1929, Freinet lance le projet du fichier scolaire
coopératif (F.S.C.), textes d'auteurs venus en complément des textes libres et
déjà, dans sa classe, il utilise la Bibliothèque de travail (B.T.) dont l'édition
démarrera au début de 1932. Élaguant les difficultés scolastiques qui persistent
encore dans sa classe sans manuels scolaires et sans tableaux muraux, il continue
l'apprentissage libre personnel innové à Bar-sur-Loup et tout spécialement celui
de la lecture et de l'écriture. C'est la mise en marche de ce qui deviendra la
Méthode naturelle qui prendra toute son ampleur par la simplification magistrale
de la grammaire: La Grammaire en quatre pages (1931 ) C'est aussi le lancement
du Fichier autocorrectif de calcul avec, à la base, la recherche par les enfants
eux-mêmes des problèmes divers que pose la vie. On approfondit la géographie locale,
l'histoire, la connaissance de l'enfant. Des problèmes éclatent. avec les
P.T.T. au sujet de la revue L'imprimerie à l'école, taxée d'être une revue à "caractère
commercial". L’Éducateur prolétarien lui succède le 1er octobre 1932 (avec pages
séparées, roses, pour la C.E.L.). Mais la pédagogie de Freinet va devenir
le prétexte de "L'affaire de SAINT-PAUL-DE-VENCE" ou encore "L'affaire Freinet",
c’est-à-dire de l'affrontement violent d'une pédagogie populaire libératrice et
des formes multiples d'autorité oppressive de la réaction bourgeoise, politique,
administrative. Un comité d'action nationale en faveur de Freinet se constitue:
plus de 8.000 signatures en sa faveur ! Malgré cela, Freinet est suspendu.
..et nommé à Bar-sur-Loup. N'acceptant pas d'y retourner, Freinet se met en congé
(Freinet n'a pas été révoqué car un vaste mouvement en sa faveur s'est dessiné
en France, en Belgique, en Espagne). C'est l'entrée décisive de la pédagogie Freinet
dans le complexe social. Période fertile en luttes ardentes, passionnées, revendicatives
sans trêve, dans laquelle l'école du peuple fait corps avec les forces démocratiques
unies contre la réaction fasciste (montée d'Hitler en Allemagne) qui déjà menace
la France. Diverses
formes du fascisme scolaire : -
Fin des expériences pédagogiques de VIENNE, BERLIN, IENA. - Menace sur le
centre pédagogique de GENEVE. - Attaques de toutes parts: contre la C.E.L.,
contre des compagnons de Freinet. - Limitation des crédits à l'école publique.
- Arrêt des constructions scolaires. - Diminution du nombre d'instituteurs.
- Réduction de leur traitement de base. Mais
en même temps : - Renforcement des écoles confessionnelles. - Mesures
de faveur pour la religion, l'obscurantisme. Solutions
proposées face à ce fascisme scolaire : - Former des ligues de parents progressistes
défenseurs immédiats de l'école. - Lancer un appel aux éducateurs d'avant-garde.
- Avoir un souci permanent d'élargissement de l'horizon pédagogique dans
les masses prolétariennes, les syndicats, les associations éducatives, les partis
politiques... - Créer le Front de l'enfance. Ces
initiatives hardies qui explosent coup sur coup dans une mobilisation générale
des forces républicaines contre le fascisme font du Mouvement C.E.L. une force
d'agitation et de regroupement permanent des énergies démocratiques. Freinet,
ayant démissionné de l’Éducation nationale, il songe à créer son école dans ce
grand branle-bas de militantisme politique et social. Pour garder son indépendance
et pour en faire une école prolétarienne, Freinet rejette l'aide pécuniaire de
riches bourgeois pourtant prêts à le soutenir. Freinet construit donc son
école du Pioulier à VENCE : - grâce à l'aide financière de la famille, des
groupes départementaux ; - grâce aux jeunes ouvriers et aux jeunes paysans
qui, le dimanche, venaient travailler par équipes aidant aux constructions, défonçant
les jachères ou traçant les chemins dans la garrigue. L'école ouvre en octobre
1935 (elle accueillera plus tard des enfants de réfugiés républicains espagnols).

C.
d’octobre 1935 à mai 1940 (École Freinet de VENCE) Freinet
poursuit son combat : pédagogique, syndical, social, politique. Il amplifie
la C.E.L. Il va s'employer à lier au sort de son école "prolétarienne" ceux qui
en sont les intéressés immédiats: les parents d'élèves. Il met sur pied cette
Ligue des parents prolétariens, pas du tout organisés, face aux diverses associations
de parents d'esprit réactionnaire. Il entreprend, dans les masses paysannes,
un profond travail d'organisation coopérative. Il milite, politiquement,
dans le Front populaire. Il contribue à élaborer la charte du Front de l'enfance
au congrès de Moulins. Freinet,
dans l’Éducateur prolétarien du 1er octobre 1936, écrit : « Il faut que le
Mouvement d’Éducation nouvelle devienne un mouvement de masse. Pour cela
: - aller vers les masses syndicales et les pénétrer de l'esprit C.E.L. ;
- aller vers les Mouvements de l’Éducation nouvelle pour les comprendre mieux,
les vivifier... »  Dans
l’Éducateur prolétarien de décembre 1936, Freinet précise la position de notre
coopérative dans les syndicats unifiés. Il y a une tentative d'une collaboration
commerciale C.E.L.~SUDEL. Un projet cher à Freinet: Liaison de la C.E.L.
avec le monde du travail. Dans les Alpes-Maritimes, en deux ans, avec son camarade
paysan LAURENTI, Freinet crée : - 80 syndicats paysans. - des coopératives:
de fleurs, de légumes, de lait, de pain. - un journal est créé: l'Action
paysanne. - une école paysanne est organisée à l'école Freinet. - Freinet
ouvre aussi l'école de VENCE à de jeunes ouvriers s'intéressant aux problèmes
de l'éducation. Nous assistons à une intense activité pédagogique de la C.E.L.
dont l'influence grandit à l'étranger où se réalisent de grands projets pédagogiques
inspirés de la pédagogie Freinet : - Plan d’Études belge - L’École nouvelle
unifiée de Catalogne. En France, Freinet contribue à faire monter de la base au
sommet de l’Éducation nationale, dans un gouvernement issu du Front populaire,
les données d'une Éducation populaire, démocratique dont un nouveau plan d'études
français va préciser le processus de démarrage et l'ampleur du contenu. Freinet
lance une édition nouvelle: les B.E.N.P.(Brochures d’Éducation nouvelle populaire)
traitant des principaux thèmes pédagogiques. Sur
le plan spécialement psychopédagogique et culturel, l'école Freinet peut être
considérée comme le laboratoire auquel Freinet aura donné l'ampleur de la vie
dans toutes les incidences où la créature affronte le milieu biologique naturel
et social. C'est dans cette expérience élémentaire, quotidienne que Freinet va
puiser les éléments de ses deux ouvrages essentiels : - « Essai de psychologie
sensible », - « L’Éducation du travail », et qu'il va donner corps à
cette éducation qu'impose la logique naturelle du bon sens. 
D.
A l'épreuve de la guerre En
août 1939, Freinet, suspect politiquement pour son appartenance au P.C., depuis
1929, est interné à NICE, puis libéré, retrouve son école. Mais le 20 mai
1940, il est à nouveau arrêté et interné au camp de SAINT-MAXIMIN (VAR), puis
au camp de Saint-Sulpice, malgré son état de santé précaire. Il y jette les bases
de ses futures publications : - « L’Éducation du travail » - « Essai
de psychologie sensible » - « L'Expérience tâtonnée » L'école
Freinet est occupée et surveillée. La C.E.L. est mise en veilleuse, puis
mise sous scellés. Le 29 octobre 1941, Freinet est libéré (pour raisons de
santé surtout). Il entre dans la clandestinité avec une vie à moitié nomade :
il est en liaison avec la Résistance mais pas encore engagé dans la lutte pour
raisons de santé. Il met au point les ouvrages précédemment signalés et commence
la rédaction de : - « Conseils aux parents » - « L’École moderne française
» Il organise la Résistance. En mai 1944, Freinet prend, effectivement, la
direction du maquis F.T.P. de VALLOUISE dans le Briançonnais. Il est ensuite appelé
au, comité de libération de GAP. Il lie les revendications pédagogiques aux
revendications politiques et sociales des masses, lors de l'Assemblée des présidents
des Comités de libération, à AVIGNON, en octobre 1944. Après la libération
de NICE, Elise et Freinet reviennent à VENCE. Quel triste spectacle ! La C.E.L.
a été pillée ! Elle n'est plus qu'un vaste amoncellent hétéroclite ! « Nous
allons repartir! tout de suite ! Nous allons repartir" lance Freinet. Il
faut repartir à zéro ! La première tâche après la guerre est donc, à partir de
zéro, de repartir. ..vers un mouvement de masse en faveur de cette pédagogie nouvelle
et populaire. 
E.
1946-1966 : AFFIRMATION DE L'ECOLE MODERNE ET DE L'I.C.E.M. .
L’Éducateur
reparaît. De nouvelles B.E.N.P. sortent: la Coopération scolaire, « Par-delà
le 1er degré », « l'Histoire vivante », « le Milieu local ». Freinet
publie : - « L’Éducation du Travail » (1946) - « L’École moderne française
» (1946) - « Conseils aux parents » (1948) - « Essai de psychologie
sensible appliquée à l'éducation » (1950) - « Méthode naturelle de dessin
» (1951 ) De
son côté, après le livre: "Principes d'alimentation rationnelle" (1935),
Elise Freinet publie: « La Santé de l'Enfant », en 1950. Les
.congrès de l’École moderne reprennent avec celui de DIJON (1947). Une décision
importante y est prise: la création de l'I.C.E.M. (Institut coopératif de l'Eco1e
moderne). L'I.C.E.M., décidé le 3 avril 1947 à DIJON, est une association
de la loi de 1901 qui se différencie de la C.E.L. ( coopérative gérée comme organisme
commercial avec des actionnaires), mais les militants des deux organismes sont
les mêmes. La C.E.L. constituait un tout: chaque adhérent étant à la fois coopérateur,
donc client de la société coopérative de consommation, et chaînon de la "Guilde"
de travail apportant "la matière grise" pour la création des outils et leur adaptation
dans les classes. La C.E.L. avait son délégué dans chaque département. Ce délégué
était à la fois le représentant de la "maison de commerce" et, souvent aussi,
le militant le plus en pointe représentant le groupe départemental et se trouvant
porte-parole de celui-ci auprès de Freinet. L’I.C.E.M se propose les buts
suivants : - solliciter, coordonner les initiatives - étudier les méthodes
et les outils - préconiser les moyens et mesures susceptibles de réaliser
la modernisation permanente de l’école, organiser la formation. Pour atteindre
ces buts, l’I.C.E.M. s’organise en commissions nationales spécialisées, en sections
départementales et crée à Cannes, son siège social, un Office central de documentation.
La C.E.L. s’installe à Cannes. Freinet a rouvert l’école de VENCE. De
nombreux stages spécialisés s’y déroulent chaque année à l’école Freinet de Vence
et dans de nombreuses régions de France, ainsi que qu’un congrès annuel de L’École
moderne avec de plus en plus d’éducateurs venus du monde entier car, après la
Belgique, l’Espagne, la Suisse, de nombreux pays d’Europe, d’Amérique, d’Afrique
et d’Asie se joignent au Mouvement français de l’I.C.E.M. Le
succès de la pédagogie Freinet grandit, s’affirme, non seulement en France ; mais
aussi « hors-frontières ». Pendant cette première période d’après-guerre, plus
spécialement dans les années 50, problèmes, difficultés, attaques … ont été le
lot quotidien de Freinet et du Mouvement de l’École moderne qu’il avait créé.
Freinet réfute les accusations et réaffirme : « Nous resterons et nous continuerons
dans la ligne de notre Éducateur prolétarien d’avant-guerre. » Cette lutte
sur le plan de l’école ne peut qu’entraîner une prise de conscience : l’injustice
de la société capitaliste. Elle doit les inciter à militer aussi sur le plan syndical
ou politique pour l’avènement d’une société socialiste. Ce
n’est pas avec des hommes à genoux qu’on mettra la démocratie debout !
(Célestin
Freinet)
Le
travail continue … - stages ICEM, conférences de Freinet à travers la France
- congrès de plus en plus fréquentés - la CEL s’amplifie et s’étend
vers l’étranger Les
publications continuent : - « Les méthodes
naturelles dans la Pédagogie moderne » (1946) - « Le Journal scolaire » (1957)
- « Les Dits de Mathieu » (1959) - « Les Techniques Freinet de l’École
moderne » (1964) -
De 1937 à 1953 : plus de 80 B.E.N.P. paraissent (dont 25 écrites par Freinet).
- De 1960 à 1966 : c'est la collection B.E.M. (Bibliothèque de l’École moderne)
qui édite près de 20 brochures de Freinet dont « Les Invariants pédagogiques »
(1964). - Il assure 11 éditions de l’Éducateur où il écrit chaque quinzaine.
En 1958, il lance « 25 élèves par classe », revendication qu'on traite alors
d’utopie. Plus que jamais, Freinet est à la fois celui qui trace la voie et qui
impulse le travail et l'action. Vu l'ampleur des adhérents « hors-frontières
», création de la F.I.M.E.M. (Fédération internationale des mouvements de l’École
moderne) au congrès de NANTES, en 1957. A propos des divers congrès Freinet
: parmi les congressistes de plus en plus nombreux (de 1.200 à 1.500 au congrès
de BREST en 1965) se retrouvent plusieurs centaines de chercheurs actifs qui œuvrent
dans les commissions de travail de l'I.C.E.M. Freinet, personnellement, animait
toutes ces commissions, donnant toujours d'utiles conseils marqués au coin de
son solide bon sens. Ainsi en a-t-il été : - du matériel d’imprimerie,
- de la présentation et de l'illustration du journal, - du fichier documentaire
(F.S.C. ), 
- des brochures B.T., - des exposés d'enfants, - des fichiers d'autocorrection,
- des boites enseignantes de recherches, - des livrets d'expérimentation,
- de la lecture et de l'écriture (Méthode naturelle), - et même du texte
libre : "qu'il nous a appris à arracher au fait divers pour l'élever à la majesté
de l'authentique poésie". - de l'étude de la psychologie enfantine,
- des échanges interscolaires : enquêtes, correspondance (lettres individuelles
et collectives), voyage-échange, - de l'expression artistique, de l'Art enfantin:
forme suprême de l’expression libre... (dessin libre, musique libre. ..) ,
- de l’utilisation des procédés audiovisuels: disques, photos, films, magnétophones
(montages...). ...un vaste chantier donc ! Le
8 octobre 1966, Freinet nous quitte... «
Freinet est mort, il est des morts qui vivent intensément ! » 
Bibliographie
«
Vers une pédagogie institutionnelle » par Aida Vasquez et Fernand
Oury Ed. F. Maspéro 1968. «
Philosophie et méthodologie d'un enseignement rénové » par A. Clausse
Ed. Labor-Nathan «
Histoire des institutions et des doctrines, pédagogiques par les textes »
par J. Palmèro Ed. S.U.O.E.L. 1958. «
Revue "L'Educateur" n° 190-191 » Supplément au n° 6 de mars 1987.
« Naissance
d’une pédagogie populaire » par Elise Freinet Ed. Bibliothèque
de l’École moderne -Cannes 1965 |