LA FUITE ET LE RETOUR
Aux premières heures des combats débute un autre drame: celui de l'exode. Mais pourquoi part-on ? Par peur d'abord. Par ordre ensuite: les autorités veulent soustraire les mobilisables et les ouvriers à l'envahisseur. Lorsque lévacuation se déclenche c'est l'aventure qui commence. Avec son aviation qui bombarde les gares, les villes, les aérodromes, l'armée allemande ouvre une multitude de fronts. En quelques heures on est partout au coeur de la bataille. Dans leur volonté de désorganiser l'arrivée des renforts et de contrarier au maximum le déplacement des troupes les Allemands plongent la population dans l'univers de la guerre totale et jettent sur les routes et à travers champs des civils désemparés qui forment une masse mouvante poussant dans des landeaux quelques pauvres richesses dérobées aux incendies et aux pillages ou emportant sur des charrettes ou des voitures surchargées des édredons. Ces anonymes vont affronter des kilométrages imprévus dans des conditions impensables.
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Combien furent-ils ? Il est impossible de dire le nombre de réfugiés. Poussés par l'avance ennemie, ayant tout abandonné, ils sont partis vers l'ouest, vers le sud, modifiant parfois leur destination au gré des combats, des bombardements voire des rumeurs avec pour objectif d'échapper aux combats, aux atrocités qu'ils ont connues en 1914 ou dont ils ont entendu parler. La Croix-Rouge belge estime à 1.500.000 le nombre des rapatriés entre le 1er juillet et la fin de septembre; mais l'ambassadeur de Belgique en France parle de 2.200.000. |
Cette foule anonyme, en proie à la terreur, se bouscule sur les routes de l'espoir, toutes classes confondues. Elle est animée d'un triple objectif: avoir la vie sauve, se loger et se nourrir. Cette foule des piétons de mai dont les colonnes encombrent les routes désorganise l'administration, gêne et paralyse les armées dans leurs manoeuvres de déploiement ou leurs mouvements de replis.
La guerre finie, l'exode se termine. Il faut faire en sens inverse le chemin que l'on vient de parcourir: en fin de course on retrouve son chez-soi qui a parfois été visité par des soldats en campagne ou par des civils peu scrupuleux, occupé par d'autres réfugiés voire détruit par les combats.
Désastre militaire, désordre administratif, chaos populaire. L'ordre nouveau, l'ordre nazi se nourrit de ces tragédies.