LA POSITION DE LA BELGIQUE
Jusqu'en 1939 les positions diplomatiques de la Belgique furent:
1.NEUTRALITE IMPOSEE, PERMANENTE ET GARANTIE par la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Autriche et la Russie, de 1839 (Traité de Londres) à 1919 (Traité de Versailles).
2.PLEINE SOUVERAINETE inscrite dans l'article 31 du Traité de Versailles, de 1919 à 1936. 2.1. Accord militaire défensif franco-belge du 17 septembre 1920. 2.2. Pacte rhénan basé sur le principe de la garantie mutuelle régionale de 1925.
3.POLITIQUE D'INDEPENDANCE. Le 14 octobre 1936, Léopold III, présidant le Conseil des Ministres, prend l'initiative de recommander au gouvernement d'adopter une politique d'indépendance face au danger croissant d'un conflit international. Dans l'esprit du roi, le mot "indépendance" ne signifiait pas retour à la neutralité mais bien une ligne de conduite visant à éviter une éventuelle entrée en guerre de la Belgique. Le gouvernement approuva entièrement ce discours qui fut rendu public à la demande de E. Vandervelde. De ce fait les ministres assumèrent la responsabilité des suggestions et réflexions royales. Cette politique déjà appliquée depuis plusieurs mois par P.H. Spaak ministre des Affaires étrangères fut qualifiée de "politique royale" et devint dès ce moment la ligne de conduite officielle et proclamée de la Belgique dans le domaine de la politique extérieure. En Belgique, l'opinion publique considéra à tort cette politique comme nouvelle et venant du roi. Cette politique qui ne changeait rien à la position internationale de la Belgique, fut fort mal accueillie par la presse internationale qui interpréta l'attitude de la Belgique comme si elle se désolidarisait de la France et de l'Angleterre. Cette politique visait à donner à la Belgique une chance d'échapper à la guerre. Elle pouvait raisonnablement y croire sur base de la déclaration allemande du 13 octobre 1937 confirmée par celle de l'ambassadeur d'Allemagne, le 26 août 1939, en présence du Roi et du Premier ministre.
En politique intérieure, on a reproché au roi de vouloir créer un Etat fort en consolidant le pouvoir exécutif entre ses seules mains. Il semble bien que, désireux de revenir à l'esprit premier de la Constitution et considérant comme néfaste pour le régime démocratique l'influence sans cesse grandissante des partis politiques, le roi ait rappelé à plusieurs reprises certains principes de base à ses ministres. Le 15 mai 1938, P.-H. Spaak forme son premier gouvernement dans lequel figuraient trois ministres extra-parlementaires. L'opinion publique attend un gouvernement fort acceptant courageusement ses responsabilités. De fait il semble bien que le désir royal d'accroître la participation d'extra-parlementaires à la gestion des affaires publiques afin de dépolitiser celles-ci se manifeste ouvertement dans la formation de ce cabinet. Le 2 février 1939, Léopold III convoque son gouvernement pour lui dire que ses membres doivent, plus que quiconque, savoir garder le secret de leurs délibérations et de leur charge, placer le service de l'Etat au-dessus de toute chose. Cinq jours plus tard, il revient à la charge parlant de l'habitude de dévoiler la teneur des délibérations des Conseils de Cabinet avant même qu'Il n'en soit averti. Selon lui de telles indiscrétions étaient inadmissibles car elles ne permettaient plus au chef de l'Etat de remplir son rôle constitutionnel: il n'étaient plus couvert par ses ministres mais c'était lui qui les couvrait en signant les lois. Le 12 avril, il revient sur le rôle des partis politiques. Pour le roi on doit faire taire les intérêts des partis pour ne s'occuper que de ceux du pays et une fois nommés, les ministres doivent se considérer non plus comme les représentants des partis, mais comme ceux du pouvoir exécutif. Si ces remarques formulées par le roi à ses ministres étaient fondées, l'éclat dont elles furent entourées engendra des rancunes tenaces chez certains des ministres.
4. NEUTRALITE VOLONTAIRE à partir de septembre 1939. La politique de neutralité de la Belgique que l'on qualifia par la suite de politique personnelle du roi, n'empêche pas notre pays de conclure des traités défensifs avec les alliés. Sur le plan militaire, la Belgique veille dès lors à renforcer son armée et à la déployer de manière égale le long de ses frontières. Par cette neutralité la Belgique escomptait pouvoir jouer un rôle de médiatrice (télégramme adressé le 7 novembre 1939 par la Reine Wilhelmine et le Roi Léopold aux Chefs d'Etats de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne) et effectuer en toute sécurité la mobilisation (déclaration faite par l'ambassadeur de Grande-Bretagne, le 27 août 1939 et déclaration faite par l'ambassadeur de France, le 27 août 1939).