LA QUESTION JUIVE En mai 1940 il y avait environ 70.000 Juifs en Belgique et la question juive ne se pose pas. Les convictions religieuses et les cultes doivent être respectés par l'occupant. Les Allemands considéraient les fugitifs comme des "ennemis résidentiels" dont les avoirs tombaient sous la législation des biens ennemis qu'ils pouvaient gérer sous le couvert du droit international. Ils faisaient ainsi l'économie d'une législation anti-juive. Les réfugiés belges juifs de l'exode qui ne sont pas rentrés sont peu nombreux. Il est vrai que leur retour était économiquement nécessaire, surtout pour la collectivité diamantaire d'Anvers.
Le 28 octobre 1940 le ton change. Deux ordonnances posent le principe d'une discrimination raciale envers les Juifs. L'administration militaire de Bruxelles interdit le retour des juifs qui ont fui la Belgique. Ceux qui l'ignorent risquent la prison jusqu'à leur mort. La police nazie destine alors le fort de Breendonck aux Juifs et à certains détenus dangereux. Pour elle la "solution finale" a commencé. C'est que depuis mai 1940 s'est ouvert le camp d'Auschwitz complété en octobre 1941 par celui de Birkenau; et en janvier 1942 la police SS informe les autorités du reich des mesures à prendre pour la déportation vers les camps d'extermination. |
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A cette époque les Juifs de Belgique ont été identifiés, enregistrés dès l'âge de quinze ans, leurs biens recensés, leurs papiers d'identité estampillés; les entreprises dites juives doivent se déclarer, les hôtels, restaurants, cafés et débits des boissons doivent se signaler au public comme entreprises juives. Ils sont interdits de fonctions et d'activités publiques (fonctionnaires, avocats, enseignants, journalistes), confinés à leur domicile dès 20 heures, rassemblés dans une communauté obligatoire (l'Association des Juifs de Belgique). En décembre 1940, 42.642 Juifs avaient requis leur inscription sur les registres. Menée avec douceur la politique anti-juive ne sensibilisait qu'une infime partie de la population. C'est ainsi que reporté par opportunisme en fait pour éviter un mouvement de pitié en faveur des Juifs-, il faut attendre le 1er juin 1942 pour que le port de l'étoile jaune devienne obligatoire. Cette mesure choqua la population qui y vit une "nouvelle loi d'esclavage", le "symbole de l'oppression nazie", "la plus vile expression de la barbarie nazie" selon les termes de la presse clandestine qui appelle à saluer les Juifs. Ce signe visible de la persécution provoque un changement dans l'opinion publique, un courant de sympathie en faveur des Israélites. |
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Sa manifestation la plus éclatante vint des bourgmestres de l'agglomération de Bruxelles qui refusèrent de collaborer à la distribution des étoiles. Sous la menace de sanctions l'Association des Juifs de Belgique prit le relais.
Mais l'introduction de l'insigne distinctif des Juifs n'est qu'une étape de la solution finale de la question juive qui avait commencé à l'automne 1941 par la déportation des Juifs du Grand Reich vers l'Est. Et six semaines après l'ordonnance du 1er juin 1942 les premiers trains transportant les Juifs de l'Ouest se mettaient en route vers Auschwitz.
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Soucieuse de ses relations avec les autorités belges, l'administration militaire cherche à faire admettre que les Juifs belges ne soient pas déportés mais accepte la déportation des Juifs étrangers. C'est la police SS qui est chargée de l'exécution pratique de la déportation. Dans un premier temps elle procède par convocation en s'appuyant sur l'Association des Juifs de Belgique: les ordres de mise au travail sont transmis par des porteurs juifs qui invitent d'autres Juifs à se rendre au camp de rassemblement de Malines. |
Convoquée en masse la population juive comprend que les vieillards et enfants n'y vont pas pour travailler; devant le nombre de réfractaires et d'insoumis, les autorités recourent aux rafles (dès le 15 août à Anvers, le 3 septembre à Bruxelles): la nuit les quartiers juifs sont bouclés, on tire les gens de force de leurs maisons pour les embarquer par camions ou par trains vers la caserne Dossin. En trois mois 16.000 personnes sont expédiées à Auschwitz. La traque succède aux rafles. Pour "récupérer" 8.000 Juifs insoumis en deux ans, l'occupant fait flèche de tout bois: contrôles d'identités, visites des bâtiments scolaires, dénonciations.
24.906 Juifs de Belgique feront le voyage de Malines à Auschwitz. Là les plus aptes seront exterminés par le travail et les privations; les autres seront exterminés dans les chambres à gaz et leurs corps brûlés dans les fours crématoires: la solution finale ne devait pas laisser de trace.