LA VIE REPREND

Pendant la campagne de 1940 les rapports du roi avec son gouvernement ne cessent de se détériorer. Le 16 mai, en Conseil de Cabinet, on envisage pour la première fois le départ du roi pour l'étranger. Dans une lettre qu'il adresse au roi, Pierlot insiste sur le fait que le roi doit à tout prix se soustraire à temps au danger d'être fait prisonnier. A cet appel réitéré le roi répond en envisageant toutes les hypothèses. Si les armées belges ne sont pas coupées des armées françaises et britanniques, il envisage de continuer la lutte. Si l'armée belge est coupée, si elle doit capituler mais qu'il a la certitude que les Français et les Anglais continueraient à se battre, il est prêt à suivre ses ministres pour poursuivre la lutte à leurs côtés. Mais il envisage aussi le fait que la guerre puisse être bientôt finie et dans ce cas, il estime de son devoir d'être au pays. Le problème central est ainsi posé: dans quelle mesure le "général" que le roi est en temps de guerre peut-il prendre la place du chef de l'état et s'y substituer ? Le point culminant du désaccord qui oppose le roi à ses ministres se situe le 24 mai 1940 au château de Wynendaele. A ce moment, il est acquis que l'armée belge ne peut plus soutenir la lutte et qu'elle doit capituler d'un jour à l'autre. Se pose alors le problème du sort du roi et du gouvernement après la capitulation.
Cette entrevue constitue le dernier entretien du roi avec ses ministres. Ceux-ci estiment ne pas pouvoir se laisser faire prisonnier par les Allemands et tentent de persuader le roi de les suivre. Celui-ci refuse encore, estimant qu'il pourrait mieux servir les intérêts de la Belgique du dedans que du dehors. Dès ce moment, le roi estime que la capitulation interviendra dans les 24 heures. Battue militairement l'armée belge capitule le 28 mai après avoir prévenu les alliés. Le roi est alors prisonnier des Allemands.
La réaction de la France fut violente. Le 28 mai Paul Reynaud, président du Conseil prononce un discours à la radio dans lequel il dénonce la capitulation de la Belgique qui s'est faite selon lui sans que les alliés ne soient au courant. Le même jour,
Pierlot parle à la radio française. Il accuse le roi de trahison politique et annonce que le gouvernement prend la destinée de la Belgique en main. Le 31 mai, à Limoges où les Parlementaires belges sont réunis, Spaak fait le compte rendu des événements qui viennent de se dérouler et rejette sur le roi seul la responsabilité de la capitulation. La résolution votée prononce l'impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner du fait de l'ennemi.
Prisonnier, le roi ne veut plus poser de geste politique. C'est pour cette raison qu'il refuse de donner des directives à ses ministres partis en France et qui lui demandent s'ils doivent revenir en Belgique ou non. Finalement, le 31 octobre après bien des hésitations et après avoir donné l'ordre pour les Belges, civils et militaires se trouvant sur le sol français de regagner la Belgique, quatre ministres reconstituent le gouvernement belge à Londres.

De gauche à droite:

A.de Vleeschauwer;

H. Pierlot;

C. Gutt;

P.H. Spaak.

Prisonnier, le roi ne veut plus poser de geste politique. C'est pour cette raison qu'il refuse de donner des directives à ses ministres partis en France et qui lui demandent s'ils doivent revenir en Belgique ou non. Finalement, le 31 octobre après bien des hésitations et après avoir donné l'ordre pour les Belges, civils et militaires se trouvant sur le sol français de regagner la Belgique, quatre ministres reconstituent le gouvernement belge à Londres.
Le Roi prisonnier et dans l'impossibilité de régner, le gouvernement parti et interdit de retour par les Allemands, ce sont les Secrétaires Généraux des Ministères, légalement contraints de rester en fonction malgré l'occupation, qui exercent les pouvoirs extraordinaires attribués au Roi par la loi du 7 septembre 1939. De mai 1940 à septembre 1944 ils se donneront pour mission de limiter au maximum la main-mise de l'occupant sur l'administration et de défendre au mieux les intérêts de la population. Mais dans la pratique, ce sont désormais les Allemands qui représentent l'ordre.
On les imaginait assoiffés de vengeance après les combats; on les découvre bien nourris, encadrés, devant assumer auprès des populations une tâche de propagande aussi importante que leur tâche militaire. Ils participent au rapatriement des réfugiés, à la remise en route de l'administration et du commerce. C'est que la Wehrmacht agit par politique et nécessité: elle veut s'assurer rapidement des routes libres, des gîtes convenables, des interlocuteurs responsables, capables de transmettre ses ordres et de recréer un cadre de vie acceptable pour la population et pour les soldats qui tiendront garnisons.
Les premières heures de l'occupation seront toutes semblables: recherche de fonctionnaires et d'élus capables de remettre immédiatement en route les services municipaux, pose d'affiches exigeant la remise des armes à feu, fixant le cours du mark, l'heure du couvre-feu, prise d'otages dont la vie dépend de la sécurité des soldats allemands. Dans l'ensemble les Allemands sont jugés corrects. Il est vrai qu'ils sont la seule autorité présente, celle qui dispose de moyens, celle dont les décisions peuvent être exécutées immédiatement.
Les autorités militaires allemandes multiplient les efforts pour assurer le ravitaillement, pour organiser les secours. Et cette propagande porte ses fruits car bon nombre de ces gestes charitables sont exploités par la radio, la presse, le cinéma et débouchent sur l'affiche "Populations abandonnées, faites confiance à l'armée allemande."

 

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