Les soleils des indépendances
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Fama, dernier descendant des Doumbouya, la famille régnante du Horodougou, est désormais contraint à la misère. Le pays traverse une tourmente, car c'est la période où l'Afrique réclame l'indépendance et entre en lutte avec les puissances coloniales. Apparaît alors, dans la république de la côte des Ebènes, une dictature d'inspiration stalinienne. Fama est parti vivre dans la capitale, loin du pays de ses ancêtres, avec son épouse Salimata qui ne peut malheureusement lui donner un enfant. Dans sa jeunesse, elle a été violée par le marabout Tiécoura et, maintenant, elle fait ce qu'elle peut pour subsister… Elle comblerait son mari si seulement elle n'était pas stérile. Les prières d'Allah, les fétiches, les sacrifices… rien ne permet de leur donner le droit d'être parents.
Un jour, Fama apprend une nouvelle étonnante : son cousin Lacina, prince de Horodougou, vient de décéder et il est appelé à lui succéder. Il décide de faire son devoir et prend le chemin de Togobala. Pendant le voyage, on lui parle du temps où les Doumbouya étaient encensés, admirés. Arrivé à destination, il constate que tout a bien changé : le village est délabré et ses habitants sont devenus fort âgés, mais il est heureux tout de même d'être revenu sur les terres de ses ancêtres. Lacina lui a légué en héritage quatre veuves, dont Mariam, une ravissante jeune femme qui, il l'espère, pourra enfin donner un enfant au prince de Horodougou qu'il est devenu. Après les titanesques funérailles de son cousin, de nombreuses palabres se tiennent autour de Balla, le vieil affranchi de la tribu, au sujet de l'avenir de la dynastie Doumbouya. Si Fama est maintenant chef traditionnel du Horodougou, le parti unique du gouvernement des Ebènes n'en est pas pour autant ravi. Pour un motif futile, il se retrouve emprisonné…

Résumé
Commentaire
Les soleils des indépendances évoque ces années où l’Afrique décide de prendre en main son destin. La décolonisation s’accompagne de joies, mais aussi et surtout d’un cortège de désillusions. Les bouleversements politiques survenus en Afrique dans les années soixante ont modifié un système établi depuis des générations, mais le désarroi des populations semble encore grandir, tout comme la misère qui règne partout. La promesse de jours meilleurs disparaît rapidement et le désenchantement est à la mesure des espoirs entretenus. Si l’action du roman est transposée dans un pays imaginaire, la république de la Côte des Ebènes, on reconnaît sans peine la Côte-d’Ivoire d’Houphouet-Boigny qui instaure une démocratie de façade avec un parti unique, des élections truquées, une justice sommaire. Pour se protéger de « la damnation qui pousse aux fesses du nègre », pour se préserver des famines, de la sécheresse et des bêtes sauvages, on multiplie les divinités. On croit à Allah mais on ne néglige pas les esprits et les fétiches auxquels il faut faire des sacrifices. Si ce syncrétisme étonnant cherche à conjurer les malheurs qui continuent à s’abattre sur l’Afrique, c’est le sort réservé à la femme qui afflige encore davantage. Symbolisant la tragique condition de la femme africaine, Salimata subit, résignée, l’excision, le viol d’un féticheur, la honte de la stérilité, l’indifférence de son mari puis la difficile cohabitation avec une seconde épouse. La description du combat entre les deux femmes jalouses, s’arrachant les vêtements pour montrer, ici, « la matrice ratatinée d’une stérile » et, là, « la chose pourrie et incommensurable d’une putain », illustre bien l’écriture imagée d’Ahmadou Kourouma qui fait une grande place aux proverbes et aux expressions malinkées.  
Gauthier Navaux, Michaël Nahant, Nicolas Kroëll-Clausse (6G)
Ahmadou KOUROUMA, Les soleils des indépendances, Paris, Editions du Seuil, 1970, Points n°166 (196 pages)