La musique religieuse de la chrétienté

 

 

Andreï Roublev La Trinité

 

Explorons  les racines grecques et méditerranéennes de la musique chrétienne

 

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Byzance


"Les origines de la musique byzantine, comme celle de la liturgie chantée dans d’autres traditions orientales de la Méditerranée, se perdent dans la nuit des temps. Exception faite de l’hymne trouvé sur le papyrus Oxyrhyncus de la fin du IIIe siècle, qui est sans doute la dernière pièce écrite avec la notation de l’ancienne Grèce, la première notation musicale nous parvient du Xe siècle et ce n’est qu’au XIIe qu’apparaît une notation vraiment déchiffrable. Les bases liturgiques ont été posées pendant le IVe siècle et les deux liturgies le plus fréquemment utilisées dans l’Église orthodoxe (le mot liturgie est employé ici dans le sens spécifique occidental qui fait référence à la Messe) portent le nom de leurs deux auteurs présumés, Saint Jean Chrysostome (347-407) et Saint Basile le Grand (330-379). Les deux liturgies se généralisèrent pendant les siècles suivants, et avaient atteint l’essentiel de leur développement à l’époque où la notation musicale commence à apparaître dans les sources écrites.

Entre le Ve et le XIe siècles, le corps principal des textes liturgiques est complété par des personnages aussi importants que Saint Romanos le Mélodiste (V-VIe siècle), Sophronios, Patriarche de Jérusalem (638), Saint André de Crète (VIIe siècle) et Saint Jean de Damas (VII-VIIIe siècles). C’est à ce dernier (o ymnographos, l’ hymnographe) que l’on attribue traditionnellement la création du huitième système tonal (oktoikhos), qui bien sûr va de pair avec les huits modes du plain-chant occidental.

La notation appelée « moyenne byzantine », utilisée peu avant 1200 et jusqu’en 1500, qui s’était développée à partir du type antérieur Coislin de la première notation byzantine (l’autre était la Chartres ; ces notations doivent leur nom aux deux manuscrits dans lesquels elles sont exemplifiées) est susceptible de transcription. Si l’on connaît les formules mélodiques et les echoi (modes), on peut surmonter le manque d’ indication des distances exactes des intervalles (majeur et mineur). Ce système ne connaît pas de modifications fondamentales pendant la période de la notation byzantine tardive, depuis la moitié du XVe jusqu’au début du XIXe siècle, époque de la réforme chrysanthine — une révision complète de la notation, qui pour la première fois dépend des livres imprimés, commencée en 1814 par l’archevêque Chrysanthos, Hourmouzios Hartophylax et Grigorios Protopsaltis. Cette œuvre monumentale est la base du système utilisé dans les églises grecques aujourd’hui.

Il faut préciser qu’en Grèce le terme « byzantine » est utilisé pour désigner tout le chant ecclésiastique, du passé ou du présent, de l’Église grecque orthodoxe. Les musicologues occidentaux ont tendance à utiliser ce terme pour se référer uniquement au chant grec jusqu’au XVe siècle ; celui du XVe au XVIIIe siècle est nommé « néo-byzantine », et celui de la réforme du début du XIXe siècle « néo-grec » ou « chrysanthin ». Il faut aussi noter que les instruments sont traditionnellement interdits dans le rite orthodoxe, la voix humaine étant considérée comme le seul moyen digne de prier Dieu. Aux États-unis, il est malheureusement devenu habituel dans beaucoup d’églises de l’archidiocèse grecque, d’employer des orgues ; en Grèce quelques églises font de même, pour des raisons historiques et politiques compliquées ...

Il y a une dispute académique au sujet de l’utilisation du ison, le bourdon si particulier des chants que l’on entend dans les églises grecques d’aujourd’hui, ainsi que sur l’utilisation de l’ornementation microtonale, souvent rejetée hors de Grèce comme une innovation tardive d’origine orientale. En ce qui concerne le répertoire, les chercheurs occidentaux, depuis le travail pionnier de Egon Wellesz, ont également montré un grand intérêt pour les strates les plus anciens du chant byzantin et ont ignoré ce qu’ils considéraient comme des apportations plus tardives. Du point de vue grec, cependant, et en accord avec le concept orthodoxe de tradition sacrée, cette façon de considérer la question est erronée. Le chanteur et musicologue Lycourgos Angelopoulos, qui est le protopsaltis de l’église de Sainte Irène d’Athènes et directeur du Chœur Grec Byzantin, a joué un rôle fondamental en plaçant la musique tardive dans un contexte plus ample."

 

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