Les différentes théories d'explication de l'art préhistorique

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L'art pour l'art Le pouvoir magique Le chamanisme

Cette théorie un peu désuète présente un peu les hommes préhistoriques comme des esthètes à la recherche du "beau"... L'art pour l'art... l'art fait pour être vu...
Malheureusement la grande majorité de l'art pariétal est situé dans des grottes, souvent au fond de galeries et toujours sans lumière naturelle !Comment, dans ce cas, imaginer que cette recherche et cette création de décoration (d'ornements) soit quasiment inaccessible ?

C'est l'abbé Breuil qui imagine que les représentations d'animaux ou de scènes de chasse étaient censées aider les hominidés dans leur recherche de nourriture. En attribuant aux images un pouvoir surnaturel, les hommes préhistoriques pouvaient ainsi exorciser leurs démons, et se "garantir" une chasse fructueuse.

Ce pouvoir magique est contredit par les nombreuses représentations d'animaux ou d'éléments sans rapport avec la chasse (mains, figures humaines...)

Jean Clottes présente la grotte comme un lieu de passage entre le monde des hommes et un monde parallèle.
La grotte est donc un sanctuaire dans lequel le chaman, reconnu par sa tribu, entre en transe pour restaurer l'harmonie entre l'homme et la nature...  Les représentations seraient donc là pour créer une ambiance fantastique (quasi religieuse).
Cette théorie est fortement critiquée par de nombreux préhistoriens qui n'y voient qu'une imagination débordante...

Art pour l'art, totémisme et chasse magique

Avant de comprendre il faut accepter. En 1834 Brouillet découvre au Chauffaud (Vienne) un os portant deux biches gravées. Ce qui, bien plus tard, deviendra la première manifestation connue de l’art paléolithique ne retient pas l’attention. Au fil des ans les découvertes s’accumulent et peu à peu il faut bien admettre que cet ancêtre, sauvage presque animal, cela semblait aller de soi, avait des capacités artistiques qui méritaient quelque attention malgré leur caractère dérangeant.
Les premières interprétations font référence à l’art pour l’art, au totémisme et à la chasse. La première de ces théories, résurgence assez inattendue du « bon sauvage » de Rousseau, n’est en fait que le reflet des idées anticléricales, parfois violentes, de certains préhistoriens de l’époque, Gabriel de Mortillet entre autres, elle ne leur survivra pas. Le totémisme a été souvent évoqué. Dans cette perspective à chaque clan correspond un animal totémique objet de prohibitions, alimentaires en particulier, et parfois d’une sorte de culte. Ceci impliquerait une variabilité du bestiaire qui ne correspond pas du tout à la réalité archéologique. D’autre part un nombre limité mais certain d’animaux est porteur de flèches ou de blessures incompatibles avec la prohibition propre aux animaux totémiques. De surcroît sur le versant ethnologique les idées ont évolué, le totémisme n’est plus une entité unique susceptible de faire l’objet d’une théorie unique mais un fait ethnologique complexe regroupant artificiellement sous une seule dénomination des faits disparates. La troisième hypothèse aura plus de succès, grâce au soutien actif de l’Abbé Abbé BreuilBreuil (1877-1961) elle durera jusqu’aux années cinquante ou soixante. Fin du bon sauvage l’ancêtre est présumé être un chasseur affamé, certains animaux paraissent atteints par des flèches, les figures mi-animales mi-humaines sont vues comme des chasseurs travestis pour approcher le gibier. Au-delà des techniques cynégétiques on parle également de pratiques magiques. L’Abbé Breuil et le Comte H. Begouën reprennent cette théorie de la chasse magique, ce sera la magie sympathique soutenue par l’Abbé jusqu’à la fin de sa vie, il lui est en effet plus facile d’admettre une magie qu’une religion primitive, pour autant il n’hésite pas à parler de Chapelle Sixtine de la préhistoire à propos de Lascaux. La magie dite sympathique suppose une relation d’identité entre l’image et son sujet. Le bison dessiné est symboliquement tué avant de l’être réellement. Quelques animaux paraissent effectivement blessés par des flèches, l’ours modelé de Montespan a été lardé de coups de sagaie… En fait les animaux blessés ne sont pas très nombreux, surtout les fouilles montrent que le bestiaire représenté ne correspond pas à ce qui était réellement consommé par les paléolithiques (échantillon culinaire). A partir des années soixante cette théorie tombe progressivement en désuétude.

 

Le structuralisme

Leroi-GourhanA cette époque A. Leroi-Gourhan (1911-1986), après Max Raphaël et A. Laming-Emperaire, ouvre une perspective nouvelle de type structuraliste. Derrière le désordre apparent de l’art pariétal il existe un ordre, une structure, que la statistique doit permettre de faire apparaître.

 A. Leroi-Gourhan s’attachera avec une remarquable rigueur à étayer cette théorie. Il existerait ainsi une structuration de la grotte dans son ensemble avec des figures d’entrée et de fond, une organisation des panneaux avec des figures centrales et périphériques, et surtout une dualité fondamentale femelle/mâle représentée par le couple symbolique bison-aurochs/cheval, à la fois opposé et complémentaire. Cette théorie nouvelle est, au départ, très fraîchement accueillie, elle vaudra même à A. Leroi-Gourhan de se faire traiter d’obsédé sexuel par l’Abbé Breuil alors que manifestement il s’agit là, plus de genre que de sexe. Par la suite la perspective structuraliste s’impose au point de devenir la perspective de recherche dominante voire unique. Une cinquantaine d’années s’est maintenant écoulée sans que la structure tant cherchée n’ait pu être mise en évidence de manière sure. Bien au contraire A. Laming-Emperaire qui a poursuivi ses recherches de son côté a abouti à une dualité bison/cheval mais de polarité sexuelle inverse.

Le chamanisme

Jean ClottesEn 1996 J. Clottes et D. Lewis- Williams réouvrent le dossier du chamanisme. Selon eux cette pratique très répandue chez les chasseurs-cueilleurs expliquerait la plupart des particularités de l’art paléolithique. L’attrait pour les grottes profondes et pour les détails de leurs parois serait le reflet d’une cosmogonie à étages et de la croyance en un monde autre souterrain. Les chevauchements de figures, l’absence de sol comme d’horizon ou de contexte écologique, les animaux en position anormale…seraient des évocations des images hallucinatoires vécues pendant la transe. Dans l’ensemble cette thèse a été fort mal reçue. Elle a suscité un énorme silence qui n’est pas sans évoquer celui qui a accueilli la publication de Sautuola, c’est en effet un véritable attentat au préhistoriquement correct, structuraliste, du moment. Elle a suscité aussi quelques réactions de préhistoriens ou d’ethnologues d’une surprenante violence.