Breughel l'ancien

1525 Beda (?)-1569 Bruxelles

La Parabole des aveugles 1568

 

« Et il leur disait aussi une parabole : Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse » (Luc 6:39).
 

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86 x 154 cm

Galleria Nazionale, Naples

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Le titre "La Parabole des Aveugles" se réfère à la parabole du Christ adressée aux Pharisiens.

 

Cette toile ouvre le film Thyl Ulenspiegel et ce cortège titubant parcourt les villes, suivis de chiens errants.

 

De Coster, comme Breughel, montre ces pauvres aveugles vivant de charité et ne suscitant aucune pitié tant ils font partie des habitudes de ce 16e siècle. Mais Thyl, avec son esprit de justice, va s'arranger pour qu'ils mangent un soir à leur faim (paragraphe 1469), La Légende d'Ulenspiegel ):

 

Dans cette toile, Breughel étudie le mouvement de la chute, en le décomposant en six phases distinctes. Ce rang en désordre et en diagonale, ces corps qui perdent l'équilibre, ces visages "levés au ciel" forment un ensemble bouleversant. Les couleurs sourdes dans la gamme des gris et verts éteints, sur un fond lumineux qui baigne inutilement les aveugles, rendent cette scène particulièrement cruelle.

 

L'aveugle de droite, dont la figure se tend vers le spectateur qu'il devine, semble nous mettre en garde: ne sommes-nous pas tous aveugles, nous qui considérons souvent comme normal ce qui ne l'est pas: l'injustice, l'indifférence, la misère, la souffrance..?.

La métaphore biblique nous concerne aussi: où irons-nous si nous suivons, à tâtons, un guide incapable. Réponse évidente: la chute, non moins symbolique, est inévitable.

 

Copie de Pierre Breughel le Jeune (d'Enfer) vers 1630

Musée du Louvre

1,70 m x 1,22 m

 

 

Comme il allait entrer avec eux dans la salle du festin, il avisa, sur la route de Paris, douze aveugles qui cheminaient. Quand ils passèrent devant lui, se plaignant de faim et de soif, Ulenspiegel se dit qu'ils souperaient ce soir-là comme des rois, aux dépens du doyen d'Uccle, en mémoire des messes des morts.
Il alla à eux et leur dit :
- Voici neuf florins, venez manger. Sentez-vous l'odeur des fricassées ?
- Las ! dirent-ils, depuis une demi-heure, sans espoir.
- Vous mangerez, dit Ulenspiegel, ayant maintenant neuf florins.
Mais il ne les leur donna point.
-Béni sois-tu, dirent-ils.
Et conduits par Ulenspiegel, ils se mirent en rond autour d'une petite table, tandis que les Frères de la Bonne-Trogne s'attablaient à une grande avec leurs commères et fillettes. (...) Et les Frères de la Bonne-Trogne et leurs commères, déjà assis à table avec Ulenspiegel, disaient que ce jour-là était pour les aveugles celui des ripailles invisibles, et que les pauvres hommes perdaient ainsi la moitié de leur plaisir.
Quand vint, toute fleurie de persil et de capucines, l'omelette portée par l'hôte et quatre coquassiers, les aveugles voulurent se jeter dedans et déjà y patrouillaient, mais l'hôte leur servit intègrement, non sans peine, à tous leur part en leur écuelle. (...)

-Vous avez bien mangé et bien bu, il me faut sept florins.
Chacun d'eux jura qu'il n'avait point la bourse et accusa son voisin. De là advint encore entre eux une bataille dans laquelle ils tâchaient de se cogner du pied, du poing et de la tête, mais ils ne le pouvaient et frappaient au hasard, car les Frères de la Bonne-Trogne, voyant le jeu, les écartaient l'un de l'autre. Et les coups de pleuvoir dans le vide, sauf un qui tomba par malencontre sur le visage du baes qui, fâché, les fouilla tous et ne trouva sur eux qu'un vieux scapulaire, sept liards, trois boutons de haut-de-chausse et leurs patenôtres.
Il voulut les jeter dans le trou aux cochons, et là les laisser au pain et à l'eau jusqu'à ce qu'on eût payé pour eux ce qu'ils devaient.

(La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs. Charles de Coster )