La mise en quarantaine est née en AdriatiqueLe



 drapeau « Lima » est le signal maritime international de la quarantaine.

C’est le propre de l’Histoire. En quelques jours, un événement peut soudain tisser des liens entre des époques, des lieux ou des personnes qui, a priori, ont peu de choses à partager. Prenez Wuhan, la ville chinoise considérée comme le foyer du coronavirus, ou l’Italie, désormais complètement à l’arrêt : leur mise en quarantaine nous replonge plus de six siècles en arrière, en juillet 1377, quand la ville de Raguse,aujourd’hui Dubrovnik, en Croatie, ne veut plus accueillir les visiteurs, ou plus exactement, les contraint à rester à bord de leur navire pendant trente jours, voire à s’abriter sur l’île (proche) de Merano pendant le même laps de temps. Ce mouillage obligé, mû par la peur de la peste noire, doit permettre aux intéressés de «se purger pendant un mois».

La Sérénissime, mère de la quarantaine

La parade trouvée à Raguse se révèle suffisamment probante pour faire des émules parmi les autres villes de la région. Mais la paternité de la quarantaine revient à Venise, au début du XVème siècle. La cité des Doges, qui affronte une soixantaine d’épidémies de peste entre 600 et 1500, décide de porter la période d’isolement à quarante jours. Face à la propagation des maladies, un corps d’épidémiologistes a été spécialement institué : en 1403, les «provéditeurs de la santé» implantent le premier «lazaret» sur l’île Sainte-Marie de Nazareth, l’une des nombreuses îles de la lagune. Les lazarets sont à mi-chemin d’un site d’enfermement et d’un lieu pour les soins, entre l’hospice et la prison. Quelque cent-vingt ans plus tard, en 1526, Marseille dispose à son tour d’un lazaret. D’un port à l’autre, ces endroits sont tenus de satisfaire à deux critères intangibles : ouverture vers la mer d’une part, fermeture totale sur le reste de la ville d’autre part.

Isola del Lazzaretto Vecchio

En face du Lido, on peut voir l’île du Lazzaretto Vecchio, qui, à l’origine a été habitée par des moines ermites qui construisirent là une chapelle dédiée à Santa Maria di Nazareth (Sainte Marie de Nazareth) et un abri pour les pèlerins se rendant ou revenant de la Terre Sainte (1249). Cette chapelle donna alors le premier nom connu de cette ile : Nazarethum, qui au fil du temps et des déformations linguistiques se transforma en Lazzaretto.

L’hostilité des milieux économiques

Si les époques passent, les pandémies restent et avec elles, la systématisation de la quarantaine. Au XIXème siècle, c’est au tour du choléra de se répandre dans le monde entier. Partie de l’Inde, la maladie atteint l’Europe occidentale à partir de 1830. D’une région à l’autre, les périodes d’isolement durent plus ou moins longtemps. Mais le déploiement d’un cordon sanitaire bute rapidement sur l’hostilité des milieux économiques, pour lesquels le fait d’être cantonné constitue une sérieuse entrave au déroulement des affaires. Les chercheurs établissent également un lien entre mise en quarantaine et despotisme : les régimes autoritaires disposent d’un moyen tout trouvé pour isoler leurs opposants et surtout arguent d’une situation exceptionnelle pour prendre des mesures radicales

Jusqu’au début du XXème siècle, les lazarets restent la solution privilégiée, avant que les progrès de la médecine ne permettent de mieux circonscrire les épidémies. Ce qui n’empêche pas la grippe espagnole de faire des millions de morts en Europe entre 1916 et 1920. En France, la dernière mise en quarantaine remonte à 1955, localisée à Vannes, en Bretagne, où la variole se propage une vitesse accélérée. Dans la foulée, les deux-tiers de la population française sont vaccinés. La santé publique devient aussi une santé de masse.
 


Sources


Frédéric de Monicault dans historia.fr

https://oliaklodvenitiens.wordpress.com/2013/06/12/isola-del-lazzaretto-vecchio/
https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/vie-venise-peste-temps-doges-9065/