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La mémoire du passé

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N°7 novembre 2005

http://www.herodote.net/histoire11011.htm?main=4c81fe54aa3eb184482eb0a28924c777

1er novembre 1755

Tremblement de terre à Lisbonne

 

Le samedi 1er novembre 1755, Lisbonne (235.000 habitants), est atteinte par trois secousses sismiques d'une exceptionnelle violence puis par plusieurs raz de marée. 

La très belle capitale du Portugal, qui doit sa prospérité à un immense empire colonial, est presque entièrement détruite par le séisme et par l'incendie qui lui fait suite. 60.000 victimes restent sous les décombres. Beaucoup d'entre elles meurent dans l'effondrement des églises, où elles assistaient à l'office de la Toussaint. 

Toutefois est épargné le quartier de Belém, situé plus en amont sur l'estuaire du Tage. De là partirent les grands explorateurs du XVe siècle tel Vasco de Gama. Le monastère majestueux des Hiéronymites et la tour de Belém, construite en 1515 par le roi Manuel 1er, figurent parmi les rescapés.

Le tremblement de terre est ressenti dans toute l'Europe, entraînant des oscillations jusque dans les lochs écossais et les lacs suisses.

Secousses intellectuelles

Les religieux, les prédicateurs et les philosophes, tels Voltaire et Rousseau, y voient l'occasion de débattre de la miséricorde divine et des mérites de la civilisation urbaine.

Voltaire prend prétexte du tremblement de terre pour tourner en dérision l'optimisme de l'illustre savant et penseur Gottfried Wilhelm Leibniz, né à Leipzig en 1646, mort à Hanovre en 1716.

Le «philosophe» français se fend d'un conte brillant, Candide, où il tourne en dérision les espoirs que plaçait Leibniz dans la science et la connaissance comme moyens de faire progresser l'ensemble de l'humanité. Il moque tout autant les religieux qui invoquent la soumission à la volonté divine.

Quant à lui, il s'en tient à glorifier la «civilisation» qui apporte aux élites, dont lui-même, des douceurs telles que chocolat, sucre, café, soieries,... Il prône la quête du mieux-être individuel dans l'indifférence au reste du monde («Cultivons notre jardin», dit avec résignation le philosophe Pangloss, à la fin du conte Candide).

Mais ses contemporains se montrent dans l'ensemble plus perspicaces. Ils voient dans le tremblement de terre de Lisbonne un motif d'accélérer les recherches pour comprendre et maîtriser les phénomènes naturels. Ils placent leur confiance dans le «progrès».

Melho de Carvalho, marquis de Pombal Pragmatique, le ministre marquis de Pombal, homme fort du Portugal, lance une enquête dans tout le pays sur les indices avant-coureurs du séisme. C'est la première fois que l'on tente une explication scientifique des tremblements de terre.

Il entreprend aussitôt la reconstruction des quartiers sinistrés selon l'esprit rationnel des Lumières, avec des rues à angles droits et des constructions sobres.

Sur les bords du Tage, le palais royal, détruit, est remplacé par la monumentale place du Commerce.
 

Commentaire : vie et mort du progrès

Le philosophe Michel Serres voit dans le tremblement de terre de Lisbonne la naissance du «scientisme», un mouvement de pensée qui culminera au XIXe siècle et s'étiolera à la fin du XXe siècle avec la montée des craintes face aux excès de la technologie (*).

En 1842, après l'accident de chemin de fer de Meudon, les élites renouvellent leur confiance dans le progrès en dignes héritiers des «Lumières».

Aujourd'hui, les élites européennes invoquent à tout propos cette «philosophie des Lumières»... mais elles ont tourné le dos à la foi dans le progrès qui en est la caractéristique dominante.

Effrayées par l'emballement des innovations technologiques et les désastres causés à l'environnement par une croissance économique éperdue, elles doutent de l'avenir comme du passé, dans lequel elles ne voient que motifs de repentance et de contrition.

Elles s'en tiennent à une gestion désabusée du présent et cultivent l'individualisme jusqu'à la nausée (contestation des références morales anciennes, refus d'assumer les contraintes liées à la fondation d'une famille,...).

André Larané

 

 

Pour en savoir :

- http://www.1789-1815.com/1755_11_01lisbonne.htm