Ce projet a une histoire. Tout a commencé à Rennes en novembre 1997, devant un amphithéâtre bondé : venus de toute la France, des élèves de cinquante lycées avaient désigné le Goncourt des lycéens

 

 

Un extrait :

Moi : Il vaut mieux plonger dans le Poil de carotte de Jules Renard que dans Voici. La lecture est nécessaire pour ne pas se transformer en légume ; c’est surtout un plaisir.

Lui : Ma console Nintendo, c’est plus amusant, quand même, je peux choisir mes personnages à faire bouger, quand y s’tapent dessus ou qu’essaient de sortir de la maison en feu, et j’peux lire aussi sur l’écran comme je fais. Tes livres ils sont morts, ils bougent pas, ils sont pas terribles à regarder…

Moi : On dit de tes jeux qu’ils sont interactifs parce que tu interviens, pour te persuader que tu y tiens toi-même un rôle déterminant, que tu décides du cours de l’action, en fait tu te contentes de marquer ou non des points. Voilà bien un leurre […]. Le plus interactif des médias, peut-être le seul, c’est le roman.

Un roman, c’est un bloc rectangulaire de feuilles blanches couvertes de signes noirs. Tu peux l’emmener partout. Il ne pèse pas lourd, il entre souvent dans ta poche, il ne coûte pas cher, tu n’auras pas besoin de batterie, de piles, de prise de courant, d’antenne, d’abonnement à un réseau. Il ne tombera jamais en panne. Pourtant, il contient des aventures et des réflexions, des images, des sons, des mouvements de foule, du spectaculaire, du savoir, de la peur et des rires. L’auteur t’indique le chemin à suivre, comme sur les chantiers de grande randonnée et il cherche à t’emmener, mais c’est au lecteur d’effectuer la moitié de ce chemin, car son imagination seule va animer ce livre.”

L'interview

Votre livre est d'abord un coup de gueule contre la grammaire telle qu'on l'enseigne dans les I.U.F.M. ?
Patrick Rambaud
: Ce jargon universitaire insupportable éloigne les malheureux enfant de la grammaire. Nous-mêmes, nous n'y comprenons rien ! Je crois que les inspecteurs de l'Éducation nationale inventent toutes ces choses pour se faire valoir, pour leur carrière, pour ne pas avoir l'air de rabâcher les manuels des années 1920, alors que ceux-ci étaient parfaits ou en tout cas suffisants. j'ai beaucoup parlé avec des professeurs, des proviseurs, des parents d'élèves, des élèves, et la plupart sont consternés. Moi je suis pour la clarté. Les gens pensent que le style, ça doit être compliqué, alors que l'originalité du français est d'être simple et clair.

Vous faites partie des écrivains restés fidèles à la bonne vieille machine à écrire...
Patrick Rambaud
: Oui, d'ailleurs je commence à avoir du mal à trouver des rubans. Je ne refuse pas d'évoluer, je constate seulement que les textes écrits sur un ordinateurs sont beaucoup plus bavards que ceux écrits à la main ou à la machine. Pour le reste, je peux écrire un peu dans n'importe quelles conditions, comme tous les anciens journalistes. Pas de vertige de la page blanche pour moi. Ni de secrets de fabrication, à part un petit coup de blanc sec dans les moments difficiles. Avec une préférence pour le Pouilly fumé...

 

 
 

Un extrait :

"Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue: Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.

Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu'elle nous parlait:
-Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
-Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.

Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver."