Déclaration universelle des droits de l'Homme

DUDH

Le 10 décembre 1948, à la sortie d'une guerre qui vit toutes les atrocités -et à l'aube de la Guerre Froide- la communauté internationale adopte par 48 voix et 8 abstentions (6 pays du Bloc soviétique, Afrique du Sud et Arabie Saoudite), la Déclaration universelle des droits de l'Homme destinée à renforcer les droits de chaque personne en tout lieu et en tout temps. Préparé par 18 délégués de différents horizons et originaires de 8 pays sélectionnés en fonction de critères géographiques, le texte bien que non contraignant constitue la première affirmation mondiale de la dignité et de l'égalité inhérentes des êtres humains, homme et femme. Depuis, elle a été complétée par d'autres textes internationaux. Traduite en 359 langues et différentes écritures, la Déclaration universelle des droits de l'homme reste le texte de référence des populations opprimées et de leurs défenseurs. RFI célèbre son 60ème anniversaire au cours de ses émissions que vous pourrez retrouver dans ces pages. 

Soixante ans après son adoption, la DUDH est confrontée à des défis nouveaux comme la lutte antiterroriste, la montée de pays comme la Chine, l'affirmation du fait religieux ou la répression de la "cyber-dissidence".

La crise économique et les bouleversements climatiques, qui aggravent la pauvreté, les migrations massives et les risques de conflits, mettent aussi à l'épreuve les acquis précaires de la déclaration, soulignent des spécialistes.

Inspirée par la déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et la déclaration d'indépendance américaine de 1776, la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH) a pour première origine le traumatisme engendré par la seconde guerre mondiale et le génocide des juifs par les nazis.

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits", proclame le premier article de la déclaration, qui en trente points énumère des droits humains, civils, économiques, sociaux et culturels, "inaliénables" et "indivisibles".

Le texte fut adopté par les 58 Etats alors membres de l'assemblée générale de l'Onu, à l'exception de l'URSS, des pays d'Europe orientale, de l'Arabie saoudite et de l'Afrique du Sud, qui s'abstinrent. Car la déclaration est le fruit de débats complexes, et a été élaborée dans un climat de début de Guerre froide. L'URSS et ses satellites insistaient notamment sur les "droits réels", économiques et sociaux, contre les "droits bourgeois" civils et culturels défendus par les démocraties occidentales.

Ces dernières, de leur côté, résistaient à l'idée de traduire la déclaration en instrument juridique contraignant, craignant qu'il ne fût utilisé contre elles par les pays colonisés. De fait, ce n'est qu'en 1966 que furent adoptés par l'Onu deux pactes contraignants qui constituent, avec la DUDH, la charte des droits de l'Homme de l'Onu.

Mais malgré ses ambiguités et les arrière-pensées qui ont présidé à sa création, le texte de 1948 reste, selon le mot du juriste français René Cassin, qui participa à son élaboration, "le premier manifeste que l'humanité organisée ait jamais adopté".

Sans valeur contraignante, la DUDH a inspiré tous les traités internationaux de l'après-guerre, et est généralement reconnue comme le fondement du droit international relatif aux droits de l'Homme. Les conventions internationales de 1979 contre la discrimination envers les femmes, de 1984 contre la torture, de 1990 sur les droits de l'enfant, la création de la Cour Pénale internationale (CPI) en 1998 découlent directement de la DUDH.

Elle a également inspiré "le droit d'ingérence" et d'assistance humanitaire chers au chef de la diplomatie française Bernard Kouchner. Pour autant, elle n'a pas empêché un nouveau génocide, au Rwanda en 1994, ni la violation quotidienne des droits les plus élémentaires à travers le monde.

En outre, les droits de l'homme restent une "idéologie", selon le terme de l'ancien ministre français de la Justice Robert Badinter, idéologie contestée par des Etats qui dénoncent une vision purement occidentale et qui remettent en cause son universalisme. "Il y a un courant souverainiste --chacun est maître chez soi--, représenté notamment par la Chine, le Venezuela, Cuba ou la Birmanie, et un courant islamiste, qui estime que les droits de l'Homme sont le produit d'une pensée religieuse révélée", estimait M. Badinter lors d'une récente conférence à Paris.

Pour ce militant farouche de l'universalisme des droits de l'Homme, le monde est entré "en régression" dans ce domaine, depuis les attentats du 11 septembre et la politique "désastreuse" menée par les Etats-Unis puis par les démocraties européennes sous couvert de lutte contre le terrorisme.

"Nous avons renié ce que nous prétendons défendre, et nous en supporterons longtemps les conséquences", prévoit-il.

 

TEXTE de La déclaration

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