Giovanni Battista PERGOLESE
Jesi, près d’Ancône, 4 janvier 1710 - 17 mars 1736, Pozzuoli

 

Mater Dolorosa du Stabat Mater

 

Achevé dans un monastère, près de Naples en  1736, alors que Pergolèse, âgé de 26 ans, se meurt d'une maladie pulmonaire.

Le Stabat Mater ne fit son apparition dans la liturgie catholique qu'en 1727, à la suite de la découverte d'un poème de la fin du XIIIe siècle décrivant les différentes phases de douleur exprimées par Marie.

 

Le Stabat mater fait partie des «petits motets» de Pergolèse. Il date de la toute fin de la vie du musicien, dit la tradition. Commande de l’Arciconfraternita dei Cavalieri della Vergine dei Sette Dolori qui souhaitait qu’une nouvelle œuvre remplaçât le Stabat mater d’Alessandro Scarlatti qu’on jouait depuis vingt ans le vendredi du Carême, il fut achevé au monastère des Pauvres Capucins de Pozzuoli, près duquel Pergolèse fut enterré. «La protection du duc de Maddolini fut propice à Pergolèse, raconte Sylvie Bouissou. Par un curieux concours de circonstances, le manuscrit autographe du Stabat fut légué par Pergolèse lui-même, quelques jours avant sa mort, à son vieux maître du conservatoire des pauvres de Notre Seigneur Jésus Christ, Francesco Feo.» Ce «divin poème de la douleur», pour reprendre le mot de Bellini, connut très vite un succès considérable, ce qui explique le grand nombre d’arrangements dont il fit l'objet : adaptation sur un texte anglais en 1764, ajout d’instruments à vent par Johann Adam Hiller, etc. Toutes proportions gardées, il connut un destin comparable à celui de partitions telles que le Miserere d’Allegri, plusieurs fois arrangé, ou le Requiem de Mozart, œuvre miraculeuse et posthume.
L'œuvre est tout empreinte de douleur et d’intimité, effectif réduit oblige, ce qui n’exclut pas l’énergie (Quæ mœrebat, Fac ut ardeat), ni la joie et la confiance (Inflammatus), ni les contrastes (la violence inattendue de la toute fin du Quis est homo, qui s’oppose à la douceur de la plus grande partie de cette pièce), l’ensemble s’achevant sur un Quando corpus extatique et un vigoureux Amen. Pergolèse était aussi un compositeur de théâtre, et son Stabat ne néglige pas à utiliser des procédés dramatiques, ce que lui reprocha le père Martini, soulignant que certains airs «auraient mieux trouvé leur place dans un opéra-comique que dans un cantique de douleur». L’utilisation expressive de quelques sections dans le mode majeur au sein d’une partition où le mineur domine, participe de cette esthétique. Rousseau, pour sa part (on sait qu’il prit le parti des Italiens lors de la
Querelle des bouffons), estimait que «le premier verset du Stabat (était) le plus parfait et le plus touchant qui soit sorti de la plume d’aucun musicien».
Christian Wasselin

http://www.radiofrance.fr/chaines/orchestres/journal/oeuvre/fiche.php?oeuv=5

 

L'Express du 19/07/2004
Rédemption de Pergolèse
par Bertrand Dermoncourt

 

Légendes et fausses partitions occultent la vraie personnalité de l'auteur d'un célèbre Stabat Mater. Son œuvre, qui mérite d'être redécouverte, renaît peu à peu
Six ans seulement. De 1731 à 1736. C'est le temps qu'il aura fallu à Giovanni Battista Pergolesi (Jean-Baptiste Pergolèse, en français) pour écrire l'ensemble de son œuvre, dont le célébrissime Stabat Mater. Comme Mozart, à qui on l'a souvent comparé, il disparut très jeune, et, comme Mozart, sa gloire posthume fut immense, nourrie de légendes encombrantes qui ont donné de lui une image erronée. Première surprise: Pergolèse n'avait rien du jeune homme à la beauté flamboyante que rendent les portraits apocryphes du XVIIIe siècle. Né en 1710 dans une famille modeste, Giovanni Battista était de faible constitution, il boitait et une caricature d'époque montre un visage aux lèvres épaisses et au nez camus. Autre découverte: il n'est pas «le compositeur ignoré et méprisé» que décrivait Le Mercure de France en 1772. A l'âge de 18 ans, il obtient un premier poste officiel à Naples et, en quelques années, malgré sa santé toujours fragile et son caractère effacé, Pergolèse multiplie les honneurs et grimpe rapidement les échelons de la notoriété. Ici s'arrête l'histoire et débute la légende. «Tout est là pour que se forge le mythe, explique la musicologue Sophie Roughol. Prenez une ville bouillonnante, perdue avec délices dans sa ferveur mystique, installez-y un jeune musicien au physique aussi maigre que son talent est foudroyant, faites-le mourir jeune mais déjà célèbre, désignez-le porte-drapeau d'un nouveau genre musical qui déferlera sur toute l'Europe, ajoutez quelques plumitifs qui rapporteront partitions et anecdotes, suggérez à sa mort des secrets mystérieux, parlez de poison ou de dague, d'un amour impossible... Le tour est joué.» En 1736, année de la disparition de Pergolèse, la musique napolitaine est à la mode et le Stabat Mater, génialement inspiré, devient un archétype, à tel point que cette œuvre profondément catholique sera adaptée jusque dans l'Europe du Nord protestante. Le triomphe est partout, comme à Paris, où le Stabat Mater devient la partition fétiche du Concert spirituel, avec près de 100 interprétations. Toujours dans la capitale française, les représentations d'un court opéra-comique, La Serva padrona (La Servante maîtresse), par le succès considérable et imprévu qu'elles remportent, vont déclencher la violente
querelle des Bouffons, qui oppose Français et Italiens - les «Bouffons», ce sont eux - amateurs de Rameau contre ceux de Pergolèse. Sa musique bénéficie du scandale et devient une valeur marchande que les éditeurs s'arrachent. Dès cette époque, les faux abondent. On va jusqu'à maquiller des partitions de Haydn pour les signer Pergolèse. Stravinsky, en 1920, voulant rendre hommage au compositeur, adaptera sans le savoir des faux pour son ballet Pulcinella. En 1939, un groupe de musicologues italiens tente de faire un tri parmi les quelque 400 partitions attribuées à Pergolèse. Des 148 retenues, seulement une trentaine est aujourd'hui certifiée, dont 13, pas plus, sont autographes. «A part le Stabat Mater et La Serva padrona, elles restent à découvrir», constate la directrice du Festival de Beaune, Anne Blanchard, ...

 

Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) est un cas particulier dans l'histoire de la musique. Mort près de Naples à l'âge de vingt-six ans, il fit longtemps figure de créature innocente tombée du ciel et rappelée très tôt au paradis.

Son véritable nom est d'ailleurs Draghi, Pergolesi étant une adaptation du nom de la ville de Pergola où vécurent ses aïeux. Ses trois frères et sœurs morts en bas âge, la maladie pulmonaire qu'il contracta alors qu'il était enfant et qui eut raison de lui, la jambe déformée dont il semblait affublé, son enterrement dans une fosse commune, achèvent ce portrait angélique et douloureux. Complaisamment cultivée par certains, cette mystérieuse destinée fit qu'on lui attribua de manière arbitraire et fantaisiste un grand nombre d'œuvres qui ne sont en réalité pas de lui. La musicologie, heureusement, a eu à cœur de rétablir la vérité, ce qui n'empêche pas Pergolèse de rester d'abord, pour beaucoup, le musicien de deux œuvres célébrissimes : la Serva padrona (la Servante maîtresse), dont la reprise parisienne donna le signal de la Querelle des bouffons en 1752, et le Stabat mater.
Le Stabat mater fait partie des «petits motets» de Pergolèse. Il date de la toute fin de la vie du musicien, dit la tradition. Commande de l’Arciconfraternita dei Cavalieri della Vergine dei Sette Dolori qui souhaitait qu’une nouvelle œuvre remplaçât le Stabat mater d’
Alessandro Scarlatti qu’on jouait depuis vingt ans le vendredi du Carême, il fut achevé au monastère des Pauvres Capucins de Pozzuoli, près duquel Pergolèse fut enterré. «La protection du duc de Maddolini fut propice à Pergolèse, raconte Sylvie Bouissou. Par un curieux concours de circonstances, le manuscrit autographe du Stabat fut légué par Pergolèse lui-même, quelques jours avant sa mort, à son vieux maître du conservatoire des pauvres de Notre Seigneur Jésus Christ, Francesco Feo.» Ce «divin poème de la douleur», pour reprendre le mot de Bellini, connut très vite un succès considérable, ce qui explique le grand nombre d’arrangements dont il fit l'objet : adaptation sur un texte anglais en 1764, ajout d’instruments à vent par Johann Adam Hiller, etc. Toutes proportions gardées, il connut un destin comparable à celui de partitions telles que le Miserere d’Allegri, plusieurs fois arrangé, ou le Requiem de Mozart, œuvre miraculeuse et posthume.
L'œuvre est tout empreinte de douleur et d’intimité, effectif réduit oblige, ce qui n’exclut pas l’énergie (Quæ mœrebat, Fac ut ardeat), ni la joie et la confiance (Inflammatus), ni les contrastes (la violence inattendue de la toute fin du Quis est homo, qui s’oppose à la douceur de la plus grande partie de cette pièce), l’ensemble s’achevant sur un Quando corpus extatique et un vigoureux Amen. Pergolèse était aussi un compositeur de théâtre, et son Stabat ne néglige pas à utiliser des procédés dramatiques, ce que lui reprocha le père Martini, soulignant que certains airs «auraient mieux trouvé leur place dans un opéra-comique que dans un cantique de douleur». L’utilisation expressive de quelques sections dans le mode majeur au sein d’une partition où le mineur domine, participe de cette esthétique. Rousseau, pour sa part (on sait qu’il prit le parti des Italiens lors de la Querelle des bouffons), estimait que «le premier verset du Stabat (était) le plus parfait et le plus touchant qui soit sorti de la plume d’aucun musicien».

Christian Wasselin

http://www.radiofrance.fr/chaines/orchestres/journal/oeuvre/fiche.php?oeuv=5