NOTRE CALENDRIER

 

Notre calendrier est désormais d’usage universel. Son histoire est pourtant chaotique et une lecture attentive en dit long sur les accidents qui l’ont marquée. Voici cette histoire en sept questions.

 

De quand date notre calendrier ?

Le calendrier dit «grégorien» date de 1582. Son nom vient de Grégoire XIII, pape de l’époque, qui décida une réforme destinée à corriger les erreurs du précédent calendrier, appelé « julien », qui fut édicté sous Jules César en 46 avant J.- C. Ce calendrier, en effet, reposait sur une évaluation de la durée de l’année solaire légèrement erronée. Au XVIe siècle, le décalage de conséquence (un retard de dix jours sur le Soleil) était suffisamment important pour envisager une réforme : on décida que l’année 1582 n’aurait que 355 jours, et que le lendemain du jeudi 4 octobre serait le vendredi 15 ! La mise en place de cette réforme fut progressive : la France l’appliqua dès la fin de l’année 1582 (le lendemain du 9 décembre fut le 20), certains autres beaucoup plus tardivement (l’Angleterre en 1752, la Russie en 1918).

Pourquoi l’année comprend-elle 365 ou 366 jours ?

Le calendrier grégorien reprend l’évaluation de la durée annuelle fondée sur le cheminement du Soleil d’un équinoxe de printemps au suivant. Les astronomes mesurent en effet la durée qui sépare les deux exacts moments où le Soleil se trouve à la verticale de l’équateur terrestre d’un printemps à l’autre. Une valeur moyenne de plusieurs années d’observation a donné ce qu’on appelle l’année tropique (à tort puisqu’elle n’est pas mesurée aux tropiques) : 365,2425 jours, soit une correction de 0,0075 jour par rapport au calendrier julien (365,25 jours).
Cependant, le calendrier ne se satisfaisant que d’un nombre entier, il a été convenu que l’année calendaire ne ferait que 365 jours. D’où un décalage, que le calendrier julien, déjà, rectifiait en ajoutant un jour tous les quatre ans : celui-ci, doublant en fait le vingt-quatrième jour de février (ou sixième jour avant les calendes de mars) fut ainsi appelé bis sexto ante calendas martias, d’où son nom de bissextile. La réforme grégorienne a maintenu ce principe : les années dont le nombre est divisible par quatre continuent d’être bissextiles et possèdent donc un 29 février (par exemple, 1996). Mais pas les années séculaires dont les deux premiers chiffres ne sont pas divisibles par quatre (1700, 1800, 1900 ne sont pas bissextiles, l’an 2000 si !) ; un moyen commode de rattraper tous les 400 ans le décalage entre l’année « julienne » et l’année « grégorienne ».

L’année « grégorienne » est-elle parfaite ?

Non, malgré les précautions évoquées précédemment. Les progrès récents de l’astronomie ont montré que l’année tropique est en fait de 365,2422 jours, soit un décalage de 0,0003 jour chaque année, ou un jour tous les 3 000 ans. En outre, il faut savoir que la durée de l’année et celle du jour ne sont pas constantes ! La première diminue de cinq secondes par millénaire, à cause d’un ralentissement de la course solaire. La seconde subit l’influence des marées sur le freinage très progressif de la rotation de la Terre, ce qui la fait ralentir de 0,0016 seconde chaque siècle ! D’où un infime mais inévitable retard dû à ces différents facteurs qui, démultipliant leurs effets en se conjuguant, tendent à reculer l’équinoxe d’environ dix jours en... 10 000 ans.

Pourquoi y a-t-il douze mois inégaux ?

Le nombre de douze s’est imposé très tôt dans plusieurs calendriers anciens. Mesuré d’après les retours de la Lune en conjonction avec le Soleil, il est à la fois le nombre des constellations du zodiaque traversées par la Lune, et celui, multiple de quatre, lié aux saisons (trois mois par saison). Le fait que certains mois comportent 28, 30 ou 31 jours témoigne de la force de l’héritage romain et de la difficulté à diviser 365 jours par 12 sans obtenir un résultat à décimales ! Le calendrier julien, en effet, proposait déjà une alternance de mois à 30 jours (janvier, mars, mai, juillet, août, octobre et décembre) et de mois à 31 jours (avril, juin, septembre, novembre), plus un mois de 28 jours seulement, février, jugé « malheureux » car consacré au dieu des morts et destiné à supporter l’addition du jour bissextile. L’usage, débarrassé de sa justification symbolique, a été repris par le calendrier grégorien.

D’où viennent les noms des mois ?

Les noms des mois remontent, eux aussi, aux calendriers romains. Un premier calendrier comportait dix mois. Les quatre premiers ont été baptisés Mars (en l’honneur du dieu éponyme de la guerre), Aprilis (d’aperire, ouvrir – le moment où la terre s’ouvre), Maius (de Maia, déesse de la croissance, ou de Majores, les Anciens, célébrés à cette occasion) et Junius (de Junon, épouse de Jupiter, ou de Juniores, les jeunes, auxquels le mois était consacré). Les suivants portaient le numéro de leur rang : Quintilis (cinquième), Sextilis (sixième), September (septième), October (huitième), November (neuvième) et December (dixième). Un nouveau calendrier, vers 700 avant J.-C., introduisit deux autres mois : Januarius (de Janus, dieu à deux faces, tourné à la fois vers le passé et l’avenir) et Februarius, mois des purifications (de Februo, dieu des morts). Le calendrier julien mis en place par Jules César, on voulut honorer son inspirateur en attribuant son nom au cinquième mois : Quintilis devint donc Julius. Puis, pour ne pas être en reste, l’empereur Auguste eut droit au même honneur : Sextilis fut rebaptisé Augustus.

Pourquoi le calendrier commence-t-il le 1er janvier ?

Les premiers calendriers romains faisaient débuter l’année avec l’équinoxe de printemps, un 1er mars. La réforme julienne fit passer le début de l’année au 1er janvier, jour d’entrée en fonction des consuls, au prix d’une invraisemblance : septembre, octobre, novembre et décembre devinrent respectivement les neuvième, dixième, onzième et douzième mois de l’année ! Cependant, cette date ne fut pas définitive. Les premiers jours de l’an, appelés styles, ont été variés : 1er mars (à nouveau) sous les Mérovingiens, 25 décembre sous les Carolingiens, ici jour de l’Annonciation (25 mars), là jour de Pâques (donc mobile)... Jusqu’au XVIe siècle, le style n’était pas unifié. En France, c’est en 1564 que Charles IX fixa le début de l’année civile au 1er janvier, très proche donc du jour de Noël, début de l’année liturgique.

D’où viennent les noms des jours de la semaine ?

Bien qu’en apparence liée aux phases de la Lune, la semaine (de septimana, groupe de sept) est une invention de l’homme, fortement chargée de symbole : le chiffre 7, en effet, est un chiffre sacré dans de nombreuses civilisations, et notamment chez les judéo-chrétiens, pour lesquels le monde fut créé en sept jours.  Aussi symboliques sont les jours de la semaine. Les Anciens associaient ces derniers aux sept astres mobiles de la voûte céleste : Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure et la Lune. C’est pourquoi les noms de cinq de nos jours en découlent : lundi, Luna dies, est le jour de la Lune, mardi, le jour de Mars, mercredi, le jour de Mercure, jeudi, le jour de Jupiter (Jovis dies), et vendredi jour de Vénus (Veneris dies). Tandis que l’anglais a conservé cette tradition pour les deux autres jours (Saturday, jour de Saturne, et Sunday, jour du Soleil), le français a fait du samedi le jour du sabbat (Sabbati dies) et du dimanche le jour du Seigneur (Domenica dies). Les historiens se perdent en conjectures à propos de l’ordre des jours de la semaine et se réfèrent volontiers à des principes astrologiques. Si la tradition veut que le dimanche soit le premier jour de la semaine (la veille, « jour du sabbat », correspondait en effet au repos du Créateur après son Grand Œuvre), l’usage l’attribue en fait au lundi, d’autant plus facilement que le dimanche a été institué « jour de repos » (bien théorique) en 321.

LOÏC JOFFREDO

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VOIR AUSSI : La mesure du temps

 

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