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La chapelle royale

Situation 

 

Entrée .

Chapelle .

 

Dès les premières années du 16e siècle, nombreux furent à Bruxelles les adhérents à la foi protestante. Ils formèrent d'abord une église luthérienne qui se réunit à la Chapelle St Georges du Palais des Princes d'Orange (aujourd'hui salled'exposition de la Bibliothèque Albert Ier au "Mont des Arts"), puis une église réformée prit un large essor. Toutefois, nos coreligionnaires furent exposés à la persécution; Henri Voes et Jean Van Esschen furent, en 1523, les premiers martyrs de la Réforme. Après eux, nombreux furent ceux qui payèrent de leur vie leur fidélité à la foi protestante. Malgré la persécution, le protestantisme se propagea dans notre ville. Lors de la Pacification de Gand (1576) et de l'Union d'Utrecht, à laquelle adhéra la Ville de Bruxelles (1579-1585), le protestantisme était majoritaire à l'Hôtel de Ville.
Après 1585, année où la ville retomba au pouvoir des espagnols, commença une longue période où toute manifestation protestante fut sévèrement interdite. Nos coreligionnaires en furent réduits à la clandestinité. Dès 1656, l'Église Protestante se reconstitue. Le décret de tolérance de Joseph II, en 1781, accorda certains privilèges, mais cette tolérance était bien mesurée: les protestants obtinrent le droit de tenir leurs réunions le plus discrètement possible, grâce à la protection de l'ambassadeur de la République des Provinces-Unies (Hollande).
De 1783 à 1789, un groupe protestant se réunit, rue Ducale, avec à sa tête un Pasteur genevois: Isaac Salomon Anspach, aiëul de Jules Anspach, l'un des grands bourgmestres de Bruxelles. Les registres paroissiaux ont permis de retrouver les actes ecclésiastiques relatifs à plusieurs familles qui furent à l'origine de la constitution officielle de l'Église en 1802. Lorsque la loi du 18 Germinal de l'An X (8 Avril 1802) eut proclamé la liberté des cultes, la communauté protestante de Bruxelles, qui depuis le 16e siècle (1525) avait vécu sans statut légal, sinon dans la clandestinité, sollicita de l'Empire français l'autorisation de se constituer en Église.
Un arrêté du Préfet de la Dyle, le 18 Messidor de l'An XI (1803), reconnut l'existence de la communauté et lui concéda la Chapelle de la Cour d'Autriche, Place du Musée.

En 1804, Napoléon, par un décret impérial confirma cette décision. L'État belge reconnaît l'Église depuis 1830 sous la dénomination "Église Protestante de Bruxelles".
Le Roi Léopold Ier, de religion protestante, fît de l'église de la Place du Musée la "Chapelle Royale", car il assistait régulièrement au culte qui y était célébré, comme l'avaient fait les princes de la famille d'Orange durant le Régime des Pays-Bas-Unis (1815-1830).
En 1802, animés par l'esprit d'union et de concorde, les protestants de Bruxelles, sollicitant la reconnaissance officielle de leur Église, résolurent de substituer à des dénominations confessionnelles un terme qui embrassa toutes les confessions issues de la Réforme et choisirent le nom d'Église Protestante. C'est dans le même esprit qu'on associa au mot "protestant" celui d'"évangélique" comme exprimant en même temps l'union et la base de la foi des différentes communions protestantes. Ainsi, à une époque où l'on ne parlait guère d'œcuménisme, fut constituée officiellement l'Église Protestante de Bruxelles, sans distinction de rites, où les croyants, quelles que fussent leurs origines confessionnelles, purent rendre à Dieu leur culte, unis par l'Évangile. Aujourd'hui encore, après près 200 ans d'existence légale, l'Église Protestante de la Place du Musée est et demeurera ouverte à tous les croyants qui désirent, selon la devise de notre communauté, "professer la Vérité dans la Charité" (Eph. 4.15). 

La construction de la Chapelle de la Place du Musée, nommée lors de sa création "Chapelle de la Cour" fut commencée sous le régime autrichien, le 1er mai 1760, comme annexe du Palais de Charles de Lorraine, par l'architecte Jean Faulte.
Le plan rappelle celui de la chapelle du château de Versailles, c'est-à-dire qu'il est caractérisé par des bas-côtés surmontés de galeries, avec une superposition d'ordre ionique et corinthien. Le tout est traité avec la liberté propre au règne de Louis XV. On trouve déjà les chapiteaux pompéiens à volutes d'angles avec des motifs imitant la passementerie.
Cette disposition de nef à bas-côtés entresolés rare pour les églises catholiques, par contre, se rencontre fréquemment dans l'architecture religieuse protestante après la construction du fameux Temple de Charenton, par Salomon de Brosse, vers 1625.
Notre Temple présente la caractéristique de ressembler de façon étonnante à celle de la chapelle du château de Lunéville, qui appartient à la famille de Lorraine. Est-ce pure coïncidence, ou au contraire, la volonté de Charles de Lorraine d'y trouver un rappel de son pays d'origine?

E.M. Braekman: extrait du bulletin "Le Lien" n°275-1980

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