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Bruxelles.  Bref historique

 

D'où vient ma ville? Qu'a t’elle vécu? Où va t’elle? 

 

Les origines

 

Mentionnée pour la première fois aux alentours de l'an Mil, Bruxelles, Bruoc-zele, littéralement : l'établissement dans le marais, évoque par son nom un environnement détrempé, celui de la vallée de la Senne. Dès son apparition dans la documentation, Bruxelles est signalée comme un portus, c'est-à-dire comme une étape fluviale. Il s'agit sans doute d'un modeste établissement portuaire, lieu de transit des denrées agricoles d'une partie du Brabant occidental vers l'Escaut et la Mer du Nord.

Au plus tard au milieu du XIe siècle, l'agglomération se signale par l'intérêt que lui porte le pouvoir princier, celui du comte de Louvain, futur duc de Brabant. C'est lui qui fonde, aux environs de 1050, une collégiale dédiée aux saints Michel et Gudule sur les hauteurs de la rive droite de la Senne. Non loin de là s'élèvera également la résidence ducale.

La signification politique et économique de Bruxelles se précise dans le courant du XIIe siècle, à une époque où l'on voit s'y développer activité marchande et artisanat, ainsi qu'un important complexe de meunerie actionné par l'eau de la Senne distribuée par une série de bras artificiels.

Munie d'un droit urbain la distinguant des territoires ruraux environnants, Bruxelles sera progressivement entourée de défenses et, à la fin du XIIe siècle, pourvue d'une impressionnante muraille de pierres, dont certains vestiges sont encore visibles aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La seconde enceinte bruxelloise, dont la construction commence au milieu du XIVe siècle (il n'en reste plus que la Porte de Hal), a conféré au centre-ville sa forme de cœur ou de pentagone, nom sous lequel on le distingue actuellement. Au moment de sa construction, la seconde enceinte devait protéger d'importantes extensions de l'habitat urbain, spécialement celles qui s'étaient densifiées au bas du versant droit de la vallée en formant un quartier artisanal, principalement consacré au textile, vital pour l'économie urbaine. Il s'agit du quartier de la Chapelle.

En effet, à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, Bruxelles était devenue un centre important de la production d'étoffes de laine de très haute qualité, dont la vogue fleurira dans toutes les cours européennes jusque dans le dernier tiers du XIVe siècle.

Une ville de pouvoir

 

Devenue la ville la plus riche et la plus peuplée du Brabant, siège préféré de la cour ducale, une série d'institutions centrales se fixeront progressivement à Bruxelles. Leur signification sera d'autant plus forte que les princes gouvernant le Brabant cumuleront des souverainetés plus étendues : duché de Bourgogne, Empire d'Allemagne, Espagne. 

Avec Charles Quint, Bruxelles s'affirme comme capitale de fait des Pays-Bas. Cette fonction entraîne le développement du secteur de la ville où se situe le château, le Coudenberg. Avec ses annexes, notamment le parc, celui-ci s'agrandit et s'embellit. Nombre de maisons nobles viennent se grouper aux alentours, formant à proximité et en contrebas de ce qui est aujourd'hui la Place Royale un quartier aristocratique dominant la ville basse. Non loin de là, la chapelle du Sablon, bâtie par une confrérie militaire, attire elle aussi l'implantation des demeures des grands.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la communication entre Bruxelles et l'Escaut est simplifiée par la construction du canal de Willebroek. La Senne perd l'essentiel de sa fonction de voie navigable et son port. Les bateaux arrivent désormais dans des bassins creusés entre les deux enceintes, dans le quartier de Sainte- Catherine et du Béguinage.

En étroite relation avec Anvers, métropole d'importance mondiale au XVIe siècle, les hommes d'affaires bruxellois font fructifier le commerce et l'artisanat de luxe, pour lesquels il existe une clientèle potentielle particulièrement nombreuse dans une ville de cour et de pouvoir. C'est l'époque où Bruxelles se bâtit une réputation européenne par la qualité inimitable de ses tapisseries.

Entraînée dans la révolte des Pays-Bas contre Philippe II, la ville connaîtra quelques années de pouvoir huguenot*. Après avoir été reprise au nom du roi d'Espagne en 1585, elle ne sera plus que la capitale de fait des provinces méridionales dont se sont détachées les Provinces Unies.

 

Anéantie et renaissante

 

Chargé désormais d'illustrer le dynamisme de la Contre-Réforme, le paysage bruxellois se constelle de bâtiments ecclésiastiques, nouveaux ou rénovés, adoptant l'esthétique mouvementée du baroque. C'est cette ville dévote et dense, lieu de pouvoir et de richesse, que les canonniers de Louis XIV vont transformer en brasier durant l'été 1695.

La reconstruction, extrêmement rapide, est à l'origine des maisons les plus anciennes du tissu urbain actuel et de ce que nous voyons aujourd'hui de la Grand-Place, vaste esplanade de marché dont la présence au centre de l'agglomération remontait au XIIe siècle. C'est à cette occasion que se décide également l'édification du premier théâtre de la ville, le théâtre de la Monnaie.

Durant le XVIIIe siècle, Bruxelles, résidence du gouverneur des Pays-Bas devenus autrichiens et siège d'une cour brillante sensible à la culture française, voit son paysage se modifier dans certains secteurs significatifs. L'autorité urbaine et plusieurs investisseurs privés contribuent à l'édification de trois grandes places néoclassiques se surimposant au tissu traditionnel: la place Saint-Michel (actuelle place des Martyrs), la place Royale, la place du Nouveau Marché aux Grains.

La place Royale communique avec un nouveau quartier, celui du parc dont les grandes demeures entourent un jardin à la française, remplaçant la garenne de l'ancien château ducal de Brabant.

Peu après le bref épisode de la Révolution brabançonne, soulevée contre la politique de rationalisation et de laïcisation de l'empereur Joseph II (1789), l'annexion française englobe Bruxelles dans un nouvel état dont elle n'est plus alors qu'une grande ville parmi d'autres, chef-lieu administratif dont la langue officielle est le français alors que la majeure partie de la population est d'expression flamande.

Grâce à un marché dilaté par les conquêtes du Consulat et de l'Empire, disposant de vastes bâtiments rendus disponibles par la vente des biens ecclésiastiques, d'importantes affaires se développent à Bruxelles et dans les environs immédiats : fabriques de voitures, de produits chimiques, de céramiques, ateliers de filature, de blanchisserie et d'impression sur tissus posent les premiers jalons de l'industrialisation. Celle-ci se manifeste principalement dans les quartiers proches de la rivière, à l'intérieur comme à l'extérieur du périmètre des remparts, la fortification elle-même ayant été progressivement démolie et remplacée par un circuit de boulevards.

 

Une capitale libérale

 

Après la chute de Bonaparte, les puissances européennes attribuent les départements belges à un nouvel ensemble, le royaume des Pays-Bas, confié au roi Guillaume d'Orange. Bruxelles partage alors la fonction de capitale avec La Haye.

La politique économique du souverain y favorise les artisanats de luxe et le secteur de l'imprimerie. Le textile, pourtant grand pourvoyeur d'emplois, est moins soutenu. Comme dans les autres villes, il subit de plein fouet la concurrence anglaise. Crise sociale et mécontentement d'une jeune bourgeoisie marginalisée dans la vie politique se conjuguent pour produire les émeutes de l'été 1830 et déclencher la Révolution. En 1831, Bruxelles devient la capitale constitutionnelle d'une Belgique dont l'indépendance est finalement garantie par les grands pays d'Europe, au premier rang desquels l'Angleterre.

Munie d'une loi fondamentale d'inspiration libérale, densément peuplée, riche d'un premier tissu industriel et d'abondantes ressources minières, la Belgique devient rapidement un paradis du capitalisme.

Bruxelles abrite la Société Générale, fondée à l'époque hollandaise, attire l'installation de plusieurs autres maisons bancaires et devient une place importante de la décision économique. Avec l'achèvement du canal la reliant à Charleroi et au bassin charbonnier, avec l'avènement précoce du chemin de fer, la ville fortifie son caractère central.

L'urbanisation et l'industrialisation font craquer les anciennes limites de l'agglomération du côté de Molenbeek, d'Anderlecht, de Saint-Gilles et d'Ixelles. Faubourgs populaires d'un côté, résidentiels de l'autre se soudent au vieux Pentagone, le long des chaussées quittant la ville.

A l'est, en continuité avec les quartiers aristocratiques des hauteurs, Bruxelles annexe une partie de Saint-Josse sur laquelle une société privée, liée à la Générale, vient de construire un grand ensemble urbanistique, destiné à une clientèle distinguée : le Quartier Léopold. Quelques années plus tard, elle englobera de même l'avenue Louise et le Bois de la Cambre.

 

Une capitale moderne

 

Soucieuse de mettre la capitale aux normes des métropoles européennes, l'autorité urbaine bruxelloise entreprend, dans la seconde moitié du XIXe siècle, une série de travaux de rationalisation, d'embellissement et d'assainissement.
La construction des gares,
le voûtement de la Senne, l'édification du Palais de Justice, le percement de grandes artères, le comblement des bassins intérieurs du canal, l'aménagement d'un nouveau port bouleversent profondément la vie et la physionomie du tissu urbain central. La population modeste, dont on n'a pas prévu le relogement après les expropriations, s'entasse dans les Marolles et dans les faubourgs occidentaux. La bourgeoisie n'en occupe pas pour autant les espaces neufs conçus pour l'accueillir et la fixer en ville. De plus en plus, la vogue d'un environnement aéré, où les terrains sont encore abordables et permettent de construire des maisons unifamiliales avec jardinet, pousse les Bruxellois vers la périphérie : Saint-Gilles, Ixelles, Etterbeek, Schaerbeek appartiennent désormais à l'agglomération et tendent à se franciser. Des lignes d'omnibus et de tramway rapprochent les faubourgs du centre, tandis que les chemins de fer vicinaux transportent la main-d'œuvre vers les ateliers et les produits maraîchers vers les marchés.

Au tournant des XIXe et XXe siècles, un nouveau chantier entame durablement le Pentagone, celui de la Montagne de la Cour et de la jonction ferroviaire souterraine Nord-Midi. Interrompus par deux guerres, ralentis par les difficultés techniques et l'importance des coûts, ces travaux aggravent le caractère inhospitalier de la capitale et renforcent l'hémorragie résidentielle. Cette dernière sera encore accrue par la généralisation de la voiture individuelle dès la fin des années 50. L'adaptation massive des voiries à ce mode de transport achèvera de faire du centre-ville le territoire des activités administratives et des services.

L'installation des ministères et des institutions européennes dans le Quartier Léopold prolonge la zone de bureaux du versant droit de l'ancienne vallée. De l'autre côté, les quartiers du bas de la ville et les faubourgs industriels appauvris et vieillis hébergent ceux qui n'ont pas pu rejoindre les quartiers verts. Ces derniers côtoient dans des immeubles inconfortables et désuets une population ouvrière d'origine étrangère, dont l'arrivée en Belgique a été orchestrée par les gouvernements successifs dans la seconde moitié des années soixante, au moment de la mise en place des grandes infrastructures urbaines de transport (métro) et d'administration (immeubles de bureaux).

 

La région de Bruxelles - capitale

 

Limitée à 19 communes par les lois linguistiques de 1962, l'agglomération bilingue de Bruxelles reçoit le statut de région en 1989.

Confrontée à des charges onéreuses en raison de ses fonctions de capitale fédérale et de capitale internationale, la Région connaît des problèmes aigus du point de vue de ses ressources fiscales. Corsetée dans des limites politiques qui ne recouvrent pas l'aire de son emprise socio-économique, elle ne bénéficie que très partiellement des richesses qu'elle produit.

Le taux de chômage y est plus élevé que dans les deux autres régions et le revenu moyen des habitants y est plus bas, alors que chaque jour de spectaculaires déplacements de travailleurs venus de Flandre et de Wallonie viennent occuper les emplois créés dans les 19 communes.

Toutefois, l'exode urbain, encore sensible au début des années 90, semble être actuellement ralenti. Contrairement à des villes comme Liège, Anvers ou Charleroi, Bruxelles voit croître le nombre de ses habitants, notamment grâce à l'immigration en provenance de l'étranger.

L'existence d'un gouvernement régional et la mise au point de politiques d'aménagement et de développement spécifiques à la capitale devraient contribuer à relever les défis les plus importants que la longue histoire de la ville propose à ses citoyens.

 

Institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire, Unité Patrimoine et Faculté de Philosophie et Lettres :
Claire Bille,
cbillen@ulb.ac.be

Pour en savoir plus:

C. Billen et J.-M. Duvosquel, "Bruxelles", coll. Esprit des villes d'Europe,Mercator, Anvers, 2000.

J. Stengers et A. Smolar-Meynart, "La Région de Bruxelles. Des villages d'autrefois à la ville d'aujourd'hui", Crédit Communal, Bruxelles, 1989.

*HUGUENOT, -OTE nom et adectif. XVIe siècle. Emprunté du genevois eyguenot, altération du suisse alémanique Eidgnosse, « confédéré », parce que la majorité des confédérés de Genève était favorable à la Réforme.
1. Nom. Appellation sous laquelle, jusqu'au XVIIIe siècle, les catholiques désignèrent les calvinistes. Les huguenots du désert. Par ext. et souvent plaisant. Protestant.

2. Adjectif. Relatif aux huguenots ou, par ext., aux protestants.