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N°5 janvier 2005

  ACTUALITÉ

Séisme et tsunami de Noël: explication

Janvier trop doux

Les images mystérieuses de Titan

La corneille mange avec des baguettes

Séisme et tsunami de Noël: explication  

Agence Science-Presse

 Un tremblement de terre majeur tous les quelques siècles, cela ne semble pas beaucoup. Pourtant, à l'échelle géologique, c'est considéré comme "fréquent". Et c'est ce qui fait des côtes dévastées par le tsunami de Noël une zone "à risque". 

C'est que cette région est assise sur la jonction de deux plaques tectoniques: ces plaques massives qui constituent le plancher des continents –et des océans– et qui sont constamment en mouvements. Certes, ces mouvements sont, dans le meilleur des cas, de l'ordre du centimètre par année, mais ce sont des mouvements tout de même, qui ont des conséquences. En particulier lorsque l'extrémité d'une plaque continue de glisser par-dessus l'autre. 

Et comme ce glissement-ci se produit sous l'eau, il en résulte une vague de choc qui se propage jusqu'à la surface. D'où d'énormes déplacements d'eau, de l'ordre des centaines de kilomètres de cube d'eau. D'où des vagues gigantesques, que l'on appelle tsunamis, qui se propagent dans toutes les directions, comme les cercles à la surface d'un lac où on a lancé une pierre. Et c'est ce qui explique qu'il y ait des dégâts dans autant de pays: l'Inde, le Sri Lanka, les Maldives, la Birmanie, la Thaïlande et l'Indonésie: tous les pays qui ont pu être atteints par ces "cercles à la surface de l'eau". 

L'épicentre du séisme de samedi se situe au large de la grande île de Sumatra, la plus à l'ouest des îles de l'Indonésie. Là-dessous, encore plus à l'Ouest, se trouve la plaque qui "soutient" l'essentiel de l'Océan Indien. Cette plaque avance en gros vers le Nord-Est, entrant en collision avec la plaque indonésienne. Plus la plaque indienne avance et plus la plaque indonésienne s'effrite. A chaque effritement, il y a un tremblement de terre. 

Pourquoi celui-ci, évalué à 9 à l'échelle de Richter, et dont les tsunamis auraient été la cause de 200 000 morts, pourquoi celui-ci donc, a-t-il été aussi violent? Nul ne peut le dire avec certitude, sinon qu'à l'échelle géologique, là où se situent ces mouvements de plaques, des séismes plus violents sont inévitables: les effritements d'une plaque, les déplacements de l'une sur l'autre, sont tantôt mineurs, tantôt majeurs. Celui-ci a été, indéniablement, majeur: les géologues parlent d'un déplacement de 10 mètres, ce qui est énorme. 

Mais pas pour autant incompréhensible. Cela devait tôt ou tard se produire dans cette zone: c'était une question de statistique.

 

Janvier trop doux
Le Soir en ligne  

 

L'Institut Royal Météorologique de Belgique (IRM) a enregistré pour les 10 premiers jours de l'année une température moyenne qualifiée de très anormale. 


 Du 1er au 10, le temps a été déterminé par des courants maritimes associés à une dépression située au nord de nos régions. Les 3 et 4 janvier, son influence a été modérée par le développement d'une crête anticyclonique à proximité ou sur la France. La position très septentrionale de cette dépression est à l'origine de courants doux, voire très doux.
  La température moyenne de cette première décade a été de 7,4 degrés alors que la moyenne de ces décades entre 1901 et 2003 est de 2,7 degrés. Cet excès est considéré comme très anormal. Sept années ont une décade plus chaude que celle de cette année, avec un record de 8,3 degrés en 1921. L'IRM qualifie un phénomène de "très anormal" quand il est égalé ou dépassé en moyenne une fois tous les 10 ans.
  Le total des précipitations des 10 premiers jours atteint cette année 8,6 mm, la moyenne sur la période 1901-2003 étant de 26,7 mm. L'IRM caractérise cette valeur d'"anormalement faible", soit un phénomène égalé ou dépassé en moyenne une fois tous les 6 ans. Le 10 janvier, l'IRM a relevé une température de 13,6 degrés, à mettre en parallèle avec des maxima observés dans le passé. La valeur la plus haute de la température de janvier date du 16 janvier 1947 avec 15,3 degrés et des températures supérieures à 11 degrés ne sont pas rares. L'IRM prévoit que cette période de temps doux se terminera fin de cette semaine avec des températures nocturnes négatives.
 
(D'après Belga)  

 

Les images mystérieuses de Titan

LEMONDE.FR

  Photo

Les premières photographies du satellite de Saturne, diffusées en basse résolution, posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses.

A l’approche de Titan, le véhicule Cassini largue la sonde Huygens

 

Bienvenue sur Titan ! Sa lumière orangée, ses lacs, ses rivages… Ou plutôt, ses brumes de méthane, ses glaces, ses hydrocarbures… Les commentaires entourant la divulgation des premières images du satellite de Saturne, dans les heures qui ont suivi l'atterrissage de la sonde européenne Huygens (Le Monde daté 16-17 janvier), l'ont dépeint sous des aspects pour le moins contrastés. 

Il est vrai que ces clichés, diffusés au compte-gouttes par l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, ont de quoi faire rêver. Si floues soient-elles - les chercheurs prévoient de rendre publiques des photographies haute définition dans les prochains jours -, ces images sont porteuses d'une charge émotionnelle rare. Celle de l'inconnu. Du jamais-vu. De la toute première fois

Trois siècles et demi après la découverte de la première lune de Saturne, en 1655, par l'astronome néerlandais Christiaan Huygens, vingt-cinq ans après l'ébauche d'une mission d'exploration commune par les Américains et les Européens, sept ans après le lancement d'une sonde vers cet astre situé à plus de 1,2 milliard de kilomètres de la Terre, un monde nouveau se dévoile, devant lequel on ne peut que s'émerveiller.

 

La première image de Huygens
sur le sol de Titan

 

L'interprétation de ces vues, elle, appelle à davantage de distance. "Le voile se lève à peine sur Titan", insiste Francis Rocard, chargé des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES). Il faudra des mois, des années, pour analyser les 350 photographies et les milliers de mesures transmises par Huygens.  La vision la plus complète de Titan est offerte par une vue panoramique de 360º, reconstituée à partir d'une série de clichés pris à 8 kilomètres d'altitude, avec une résolution de 20 mètres par pixel. Elle fait apparaître des surfaces claires et d'autres sombres, délimitées par ce qui ressemble à une zone côtière et pommelée de traînées blanches.

"En voyant ces images, certains de nos collègues, qui viennent souvent à Cannes chez Alcatel Space [chef de file du consortium industriel qui a fabriqué Huygens], ont plaisanté sur leur ressemblance avec la Côte d'Azur", relate François Raulin, exo-biologiste au Laboratoire inter-universitaire des systèmes atmosphériques (université Paris-XII) et l'un des trois "scientifiques interdisciplinaires" de la mission.  Plus sérieusement, estime-t-il, les traînées blanches pourraient être des nappes de brume de méthane.  

Quant aux zones plus sombres, à la surface lisse et aux contours bien découpés, elles évoquent, reconnaît-il, des lacs ou des étendues liquides. "Ce n'est qu'une hypothèse. Nous n'avons à ce stade aucune preuve", ajoute-t-il aussitôt.  Le « planétologue » américain Marty Tomasko, de l'université de Tucson (Arizona), responsable de « l'imageur » d'Huygens, "ne peut pas s'empêcher" de voir "des canaux de drainage et un rivage" sur une autre photographie, l'une des toutes premières rendues publiques, où l'on aperçoit, à une distance de 16 kilomètres et avec une résolution de 40 mètres, un sol grumeleux parcouru par un réseau de nervures paraissant conduire à une côte. "La zone était peut-être humide il n'y a pas si longtemps", hasarde-t-il.

Aucun expert ne s'aventure toutefois à affirmer qu'il existe aujourd'hui sur Titan des fleuves, des rivières ou des bassins charriant ou contenant un corps liquide. Celui-ci ne serait de toute façon pas de l'eau. Les capteurs d'Huygens, qui ont enregistré un minimum de température atmosphérique de - 202ºC et mesuré - 180ºC au sol, ont confirmé que Titan est un monde de froidure où l'eau ne peut être présente que sous forme de glace.

Il s'agirait plus vraisemblablement d'hydrocarbures, méthane ou éthane, à l'état liquide. Ce qui expliquerait la présence de méthane dans l'atmosphère de Titan. Et serait concordant avec les mesures d'Huygens, qui montrent une plus forte teneur de ce gaz à basse altitude. Mais contredirait en revanche les observations de Cassini, qui n'a pas détecté d'étendue liquide. Le radar de l'orbiteur, il est vrai, a surtout scruté le pôle Nord du satellite, alors qu'Huygens s'est posée près de son équateur.

Les « planétologues » ne se prononcent pas non plus sur la nature physique de galets photographiés à moins de 1 mètre de distance. "Nous avons d'abord cru à un canular, tant on dirait un paysage martien", relate François Raulin. Ces blocs, dont les plus gros mesurent une quinzaine de centimètres, semblent joncher le lit d'une rivière asséchée. Mais s'agit-il de cailloux, ou de boules de glace d'eau? Les traces d'érosion qu'ils présentent à leur base sont-elles le fait d'un écoulement ou celui du vent? Leur couleur foncée leur est-elle donnée par un dépôt superficiel d'hydrocarbures? 

Les scientifiques se montrent plus affirmatifs quant à la géologie du site où s'est posée la sonde. Le sol n'était, à cet endroit, pas liquide, car l'atterrisseur aurait sombré au bout de quelques minutes, au lieu de continuer à émettre pendant plus de deux heures. Chargé de l'instrument d'analyse de surface, John Zarnecki, de l'Open University Milton Keynes (Grande-Bretagne), décrit un sol meuble se comportant, d'un point de vue mécanique, comme du "sable mouillé". Ou, de façon plus imagée, comme de la "crème brûlée", avec une croûte superficielle recouvrant un substrat plus mou, dans lequel le « pénétrateur » de la sonde s'est enfoncé d'environ 15 centimètres. Reste à savoir si tout le satellite est aussi "crémeux".

La force de l'image fait qu'a été passé au second plan ce qui constitue pourtant le cœur de la mission européenne : l'étude de la composition chimique de l'atmosphère de Titan. Le collecteur et analyseur d'aérosols "a parfaitement fonctionné", se réjouit François Raulin. Mais il faudra plusieurs semaines pour exploiter sa moisson. Et peut-être mieux comprendre, en décryptant les mécanismes de la chimie organique complexe à l'œuvre à l'autre bout de l'Univers, comment la vie est née sur Terre.

Pierre Le Hir  

La corneille mange avec des baguettes  

nouvelobs.com

  Betty in well + stick experiment 1

Observant depuis des années le comportement de Corvus moneduloides, corbeau ou corneille de Nouvelle-Calédonie, Alex Kacelnik, zoologiste à l’université d’Oxford (Grande-Bretagne), conclut dans la revue «Nature» que cet oiseau possède la faculté innée de créer et se servir d’outils rudimentaires. L’animal est capable d’utiliser deux brindilles rigides tenues dans son bec, pour s’emparer de petites proies cachées dans une fente ou un trou. Même lorsque, «dépourvu de tout apport social», il n’a jamais vu des aînés procéder ainsi. La corneille peut même tordre délibérément un bout de fil de fer, pour le transformer en crochet.