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par M.Mahaux

LE PERE ET L'ENFANT


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INTRODUCTION
L'ENFANT
L'ACCIDENT
LA REVELATION
LE TEMPLE DU FEU
LE TEMPLE DE L'EAU
LE TEMPLE DE L'OMBRE
LE TEMPLE DE LA LUMIERE

Notes du professeur...
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INTRODUCTION.

La chambre est petite, sombre et lugubre. Une fenêtre entrouverte éclaire à peine la pièce. L’air y est irrespirable, accablant. A intervalles réguliers retentit un bruit de train assourdissant. Un ordinateur et un lit occupent une grande partie de la pièce, laissant un étroit passage qui mène à la fenêtre. A côté d’une garde-robe ancienne se trouve le lit en bois recouvert d’une couverture brune. Au plafond, une trappe au-dessus de laquelle se dissimule tout un bric-à-brac hétéroclite : des coupes de football, des vieux jupons de grand-mère, une vieille robe de mariée, une poupée de porcelaine qui n’a plus qu’un bras et un écrin de pipe en ivoire de l’arrière arrière-grand-père.

* * *

L'ENFANT.

Sur le lit, un enfant est assis : il s’appelle Arnaud. Il est âgé de neuf ans depuis deux mois.

Les mains posées sur les genoux, il est là, en tailleur, les yeux dans le vague. Ses longues jambes croisées semblent fragiles.

Arnaud a les cheveux roux et les yeux verts. Quelques taches de rousseur colorent la blancheur de son teint pâle et maladif. Ses lentilles de contact sont déposées sur la table de nuit vermoulue. Il a les yeux cernés. Il n'a plus quitté ses pantoufles depuis la mort de son père. C'était un garçon serviable : il aidait sa mère aux travaux ménagers. Il travaillait beaucoup à l'école : il était studieux. Ses points diminuent sans cesse depuis l'accident tragique. Après le drame, il a perdu l’appétit. C'est maintenant un enfant déchiré.

* * *

L'ACCIDENT.

C’était un jour de Toussaint, par une belle matinée d’automne. Arnaud et son père se rendaient au cimetière pour saluer la tombe de la grand-mère, décédée depuis déjà cinq ans.

A mi-chemin, ils s'arrêtèrent pour acheter un joli bouquet de roses.

C'est alors que le père s’égara et qu’ils empruntèrent une pente peu rassurante. Fatalité !

La pédale de freins ne répondait plus. Impossible d’arrêter la voiture. Soudain, un virage ! Le père tente de braquer, mais en vain ! A l’extrémité du tournant, ils percutent un poteau.

Le choc assomme le père. Une odeur d’essence envahit la voiture. L’enfant réussit à s’extraire malgré ses blessures. Les flammes progressent à l’arrière du véhicule. Il tente désespérément de dégager son père dont la jambe droite est bloquée. Plus les flammes se rapprochent de l’avant, plus la peur le gagne. L’atmosphère est irrespirable et un nuage de fumée se forme autour de la voiture. Arnaud commence à tousser. Les yeux aveuglés par la fumée, il s’éloigne. Devant lui, son père succombe dans les flammes.

* * *

LA RÉVÉLATION.

Le temps a passé. Plusieurs mois se sont écoulés depuis le terrible accident.

Une nuit, un horrible cauchemar réveilla Arnaud : il était en nage.

Il se dirigea vers la cuisine pour aller boire un verre d'eau et, à son retour, il constata avec étonnement que son ordinateur s’était allumé tout seul.

Il s'installa devant l’écran et chercha le nom de l'expéditeur.

A ce moment précis, comme par magie, sortit de l’écran une jeune femme aux longs cheveux blonds, vêtue d'une magnifique robe blanche.

Un halo d’une immense clarté entourait son corps, illuminant la pièce tout entière d’une lumière intense.

Arnaud fut ébloui par cette splendeur.

Il songea à une fée.

Effrayé par ce phénomène, il tenta d'éteindre la machine, mais à sa grande stupeur elle resta allumée.

- Arnaud, essayerais-tu de me faire disparaître ?

-Qui es-tu ? Et que me veux-tu ?

- Je suis la fée des glaces. Je suis ici à propos de ton père.

- Tu mens ! Mon père est mort !

- Calme-toi. C'est son esprit qui m'envoie pour te confier une mission de la plus haute importance.

- Que voulez-vous dire par-là ?

- Comme je viens de te l’expliquer, il s'agit de ton père.

Enfin... plus de toi que de lui. La mission que tu devras entreprendre est la suivante :

"Tu devras délivrer quatre sages que tu trouveras dans le temple du feu, celui de l'eau, de l'ombre et de la lumière."

- Comment, cela ?

- Je sais que cette consigne te paraît étrange, mais pour délivrer ton père de la mort, tu dois réussir ces épreuves.

- Je ne comprends toujours pas !

- Cherche au plus profond de ton âme et mes paroles deviendront lumière pour toi.

- Attends ! Reviens !

Pendant tout le reste de la nuit les paroles de la belle dame résonnèrent dans sa tête.

- Où peut bien se situer le temple du feu ?

Il ralluma la machine. Une surprise l’attendait : sur l’écran, une nouvelle icône indiquait :

"Temple du feu, emplacement, cliquez ici ".

Il découvrit la carte qui lui indiquait le chemin à parcourir.

Il l’imprima, la jeta dans ses bagages et se mit en route sans tarder.

* * *

LE TEMPLE DU FEU.

Donc il se rendit en Sicile, à l’Etna. Après quelques heures de recherche dans la forêt, il découvrit, au pied du volcan, une petite cabane en bois. Il y entra. C’était un endroit misérable, tout délabré, et une odeur nauséabonde empestait toute la pièce. Au milieu trônait une petite table en fer sur laquelle était posé un ordinateur. Etrange ! Le meuble était sur le point de vaciller sous le poids de l’appareil. L’enfant alluma la machine et découvrit un message sur l’écran poussiéreux. Il l’essuya et lut :

" Rends-toi à l’intérieur du volcan pour y trouver le temple du feu.    Attention ! Equipe-toi bien, il y fait terriblement chaud ". Un bruit attira son attention et il se retourna brusquement : une trappe s’ouvrait donnant accès à une cave sombre et humide. A l’intérieur régnait une odeur méphitique. Un étrange escalier de pierre semblait mener aux entrailles de la terre. Il plongeait loin, dans le noir, et on n’en voyait pas la fin. L’enfant s’empara d’un casque de mineur et en alluma la lampe. Il descendit les marches tout en se masquant le nez de la main. L’odeur était infecte. Encore chaudes, des cendres de lave l’entouraient. Une flamme brillait au loin. Il emprunta le chemin qui y menait. Dans ses pensées, il revoyait sa mère qui l’avait abandonné quand il avait cinq ans, le laissant seul avec son père. Il sentit la colère monter en lui, s’avança dans les braises et surmonta sa douleur. Après quelques mètres d’efforts, il aperçut une combinaison d’amiante qu’il enfila. Il découvrit une porte qui n’était autre qu’un passage secret donnant accès à l’intérieur du volcan, là où se trouvait le temple du feu. Il y entra. Il faisait chaud, très chaud. Qu’elle était lourde cette combinaison ! Sur son front suintaient d’énormes gouttes de sueurs. Le grand sage du volcan apparut : ce n’était autre qu’Héphaïstos, le dieu du feu. Il était grand, très laid et maculé de suie. Il boitait légèrement. L’enfant fut d’abord effrayé, mais le sage lui dit :

" Ne crains rien. Je suis Héphaïstos, le sage, gardien de ce temple. Prends cet écrin, il te servira plus tard ".

* * *

LE TEMPLE DE L’EAU.

Après une longue marche, Arnaud arriva dans un endroit étrange qui lui était inconnu jusqu’alors : un endroit immense peuplé d’arbres fruitiers, de fleurs géantes et de toutes sortes de plantes bizarres qui semblaient le menacer à chaque pas qu’il faisait. Au milieu se trouvait un lac verdâtre et vaseux tapissé de nénuphars. Un doigt d’argent éblouissant brillait au fond du lac. En y regardant de plus près, il s’aperçut qu’il avait à faire à un poisson peu ordinaire : il était plus gros et plus beau que les autres.

Ses écailles étaient d’argent et ses nageoires semblaient légères comme de la soie. Il était d’une brillance sans égale et nageait au centre d’une sorte de temple qui semblait être éclairé par sa seule lumière. Intrigué, mais songeant avant tout à sa mission, l’enfant scruta le fond des eaux, mais il n’arrivait pas à distinguer exactement ce qui se passait. Il s’assit désespérément au bord du lac, puis, en larmes, il s’écria :

" S’il vous plaît, aidez-moi ! ". C’est alors qu’un oiseau vint déposer à côté de lui un petit message qui disait ceci :

" Attrape le poisson d’argent et le sage apparaîtra sur-le-champ ! "

Reprenant courage, il coupa une branche d’arbre et s’empara des lacets de ses chaussures : un nœud par-ci, un nœud par-là… sa canne à pêche était prête. Il prit, comme appât, une galette qu’il avait comme provision et son épreuve commença. Ce ne fut pas aisé de capturer l’animal, car les autres poissons étaient, eux aussi, très friands de ces galettes. Au bout de dix tentatives, le poisson mordit enfin, mais les efforts de l’enfant étaient loin d’être terminés. On eût dit que cet habitant des eaux ne voulait pas se laisser pêcher. Après une bonne heure de lutte, l’enfant parvint enfin à le capturer. Exténué, il n’avait presque plus la force de bouger. C’est alors que le poisson se transforma en un vieil homme barbu et voûté. Il semblait mécontent. Soudain, il lança : " La prochaine fois, apporte-moi un biscuit mou, j’ai les dents fragiles ! "

Ensuite, il donna à l’enfant un écrin en forme de poisson et qui contenait un message secret. L’ayant remercié, l’enfant quitta le temple afin de poursuivre son voyage. Qu’allait-il lui arriver cette fois ?

* * *

LE TEMPLE DE L'OMBRE.

Il se rapprochait du vieux temple de l'ombre. Les parois étaient recouvertes d'un manteau de lierre. Il sentait la peur l'envahir. De l'entrée lugubre aux pierres tapissées de mousse, des chauves-souris s'échappèrent dans une tornade de battements d'ailes. Soudain, une bourrasque le poussa à l'intérieur : il y faisait sombre et froid. Un long gémissement retentit au fin fond du temple.

" C'est sûrement le vent ", se dit-il. Mais il resta tout de même figé sur place, le cœur rempli d'angoisse.

Alors qu'il retrouvait un peu de sérénité, une lueur pâle apparut au bout du tunnel qui lui faisait face ; la lumière se fit de plus en plus forte, à tel point qu'il dut se protéger les yeux pour ne pas être aveuglé. Il s'évanouit. Quand il reprit connaissance, il se trouvait dans une grande pièce...

D'étranges statues gardaient l'entrée tandis que des centaines de bougies allumées l'entouraient, posées à même le sol. C'est alors qu'il le vit… LUI, le sage du temple de l'ombre. Il était assis sur un trône en or incrusté de pierres précieuses. Il le regardait d'un œil sévère. L'enfant décida de se prosterner devant lui.

" Relève-toi... ".

La voix du sage était grave, mais douce,... réconfortante.

" Relève-toi... ".

C'est ce que fit l'enfant.

- Ton épreuve est la suivante : tu devras affronter ton ombre. Si tu réussis, tu pourras continuer ta route, mais si tu échoues, tu ne pourras plus mener ta mission à bien.

- Où veux-tu que je rencontre mon ombre ?

- Tu la trouveras dans la grande salle des miroirs.

Arnaud était à présent debout, au centre de la pièce magique. Sans trop savoir ce qui allait se passer, il observa, incrédule, le plus grand des miroirs. C'est alors que, derrière son propre reflet, son ombre apparut et quitta le miroir.

- Je suis l'ombre de toi-même. Ton épreuve consistera à m'attaquer en duel.

Ainsi fut fait.

Ils s'éloignèrent de cinquante pas chacun. Ils se retournèrent en même temps. Ils visèrent. Deux coups de revolver retentirent. Ils furent touchés au cœur au même moment.

Et le prodige eut lieu : plutôt que de mourir, Arnaud fut comme libéré d'un grand poids.

Il se sentait immensément calme, serein. Et l'ombre, en face de lui, souriait, tout aussi sereine.

- C'est une sorte de mort qui fait renaître en nous une nouvelle sagesse. Il ne faut jamais avoir peur de son ombre : les ombres ne tuent pas, les ombres ne meurent pas.

Elles font renaître ce qui est mort en nous ; elles donnent la vie, tout simplement.

Puis l'ombre s'approcha d'Arnaud et se confondit en lui.

La mission était accomplie. Alors, le sage du temple de l'ombre apparut et donna un écrin en pierre noire à l’enfant qui reprit sa route vers l’ultime étape : le temple de la lumière.

* * *

LE TEMPLE DE LA LUMIERE.

Arnaud arriva enfin devant le mont Fiji et le contempla de haut en bas : il était immense. Sa taille était telle que le sommet s’effaçait dans les nuages. La montagne tout entière était tapissée de fleurs multicolores. Des dizaines d’arbres centenaires dessinaient une allée jusqu’au sommet. Tandis que des oiseaux aux couleurs chatoyantes accompagnaient l’enfant dans sa marche, un soleil flamboyant illuminait le superbe paysage.

La mission d’Arnaud, rendue agréable par le temps idyllique, ressembla soudain à une étrange promenade. Subitement et sans explications, de gros nuages noirs masquèrent le généreux soleil. La montagne fut tout à coup plongée dans l’obscurité, excepté une paroi rocheuse qui semblait inviter l’enfant à l’escalade. Arnaud comprit que les cieux lui envoyaient un message : sa dernière épreuve consisterait à gravir courageusement la paroi escarpée.

Quelques prises lui facilitèrent l’ascension. Il grimpait, ne sachant pas à quoi s’attendre, bien déterminé à mener sa mission à bien.

Le temple de la lumière ne ressemblait pas aux précédents : il était construit entièrement en cristal, la lumière se reflétait contre les parois et l’endroit magique scintillait de mille feux. Telle un rideau de pluie printanière, une cascade d’eau masquait l’entrée de l’édifice. Arnaud tenta de franchir l’obstacle et, comme pour mieux l’accueillir, l’eau se figea en glace. Curieux, il palpa les cristaux gelés : à sa grande stupéfaction, la glace était tiède, presque chaude. Rassuré par cette étrange magie, l’enfant fit quelques pas et inspecta l’ensemble d’un regard émerveillé. Il était à présent au centre du temple. Là se trouvait un prisme autour duquel étaient érigées trois salles : celle du feu, de l’eau et de l’ombre.

Soudain, une lumière aveuglante voila son regard. Une voix retentit :

- Enfin, tu m’as trouvée !

Arnaud songea que son père lui parlait. Des larmes roulèrent sur ses petites joues et il dit :

- Papa, c’est toi ?

- Non, désolée, ce n’est que moi.

Triste, l’enfant tourna les yeux vers le sol. Tout doucement, la lumière s’affaiblit, Arnaud releva les yeux et il s’exclama :

- Mais, tu es la fée de l’ordinateur !

- Oui, c’est bien moi, la fée Ondine. Je suis à la fois la fée des glaces et le sage de la lumière. Te voici arrivé à la fin du voyage. Tu vas enfin pouvoir ouvrir les écrins que tu as reçus et découvrir la Grande Révélation.

- Que dois-je faire, Madame ?

- Ecoute-moi, petit : tu viens de mener à bien la mission que je t’ai confiée. Assieds-toi à présent au centre du temple, sur le prisme de cristal, et attends.

Une lumière aveuglante remplit à nouveau la grande salle et les écrins s’ouvrirent comme par enchantement. Des morceaux de parchemin en surgirent et s’élevèrent dans les airs. Les écrins du feu, de l’eau et de l’ombre se réunirent pour ne plus former qu’un seul : celui de la lumière. Les morceaux de parchemin ne firent plus qu’un et la grande feuille magique alla se blottir au milieu de l’écrin de lumière. Au centre étincelait un message écrit en lettres d’or

Toujours ébloui par la lumière, Arnaud s’avança lentement vers le message. Plus il se rapprochait, plus il sentait une force monter en lui. Ses peurs avaient complètement disparu et une sensation de bien-être le remplit tout à coup. La fée apparut à nouveau et lui donna le parchemin. Il disait ceci :

" A présent, tu maîtrises le feu, l’eau et l’ombre. Te voici libre du feu de la colère, de l’eau des larmes et de la haine qui traînait dans les ombres de toi-même.

Tu as trouvé le grand vide en toi. Te voici prêt à découvrir de nouveaux bonheurs et à marcher dans la lumière. "

Dans ses souvenirs, Arnaud entrevit un instant l’image de son père : elle ne s’accompagnait plus, comme jadis, de tristesse ou de regrets, mais il lui sembla que son père était là, à nouveau, tout proche. Arnaud comprit que son père vivait toujours au fond de lui pour le soutenir, l’aimer, le conseiller.

Alors, une sorte de chaleur bienfaisante envahit l’enfant tandis qu’il marchait sur la montagne et l’on vit à ses côtés une sorte de personnage invisible qui prenait le petit garçon par la main.

* * *

fin

Ce conte a été écrit en 2000 par les élèves de 2me E

de l'Athénée Royal de Chênée (Belgique)

CD AUDIO

Pochette réalisée par Michaël MAHAUX

Ont participé à l'enregistrement :

Carole DEPONT

Michaël MAHAUX

Ivan PASTEEL

Avec la gracieuse participation des comédiens :

Virginie PIERRE

Rudy GODIN

Daniel VANDEBERG

Réalisation : Jean-Louis VANDEBERG