1940-1945

 LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 Les armées allemandes poursuivent un seul objectif : traverser au plus vite la Belgique pour envahir la France. Malgré une résistance farouche dans la région liégeoise, l’avance allemande est foudroyante. Le 11 mai 1940, les divisions blindées allemandes atteignent Bertrix. Elles foncent sur Bouillon : l’armée française fait sauter les ponts de Liège et de France pour retarder la percée allemande. Dans la nuit du 11 au 12 mai, les combats sont violents et, le long de la Semois, les maisons flambent (1). Les Allemands construisent un pont de secours et franchissent la Semois. Bouillon entre dans l’ère de l’Occupation.

 « Un certain nombre d’habitants de la ville de Bouillon se sont réunis le 20 mai 1940 à 17 heures, à l’Hôtel des Ardennes, à l’effet de former un conseil provisoire pour assurer le bon fonctionnement des affaires communales laissées vacantes par le conseil communal défaillant […] » (2).

 A l’Athénée (3), les cours ont été suspendus le 10 mai et les élèves du pensionnat licenciés dès 7 heures et quart du matin. Le préfet Gillet note (41) :
Le samedi 11 mai, à la suite du bombardement de la Ville par avions vers 11 heures et demie du matin, l’évacuation de la localité fut ordonnée par le Général commandant l’armée française et par le Bourgmestre […].
Il va de soi que la rapidité avec laquelle les événements se sont précipités, n’a pas permis de prendre les mesures prévues dans la circulaire du 10 mai prérappelée.
Réfugié moi-même en France avec ma famille, je suis rentré à Bouillon le vendredi 28 juin à 8 heures et demie du matin et ai repris immédiatement la direction de l’établissement qu’avait assumée M. Demelenne, professeur de rhétorique, secondé par M. Delhaise, surveillant, lesquels, lorsque le danger fut écarté, c’est-à-dire vers le 20 mai, mirent en lieu sûr les archives de l’établissement et du pensionnat, ainsi que tout ce qui a pu être sauvé du mobilier et du matériel didactique (bibliothèques, cartes, laboratoires, etc.).
La reprise des cours s’effectua le lundi 8 juillet […] avec un personnel réduit ; à cette date du 8 juillet, 24 élèves suivaient les cours ; ceux-ci se terminèrent le 13 août avec 47 élèves.

Les événements survenus de mai 1940 occasionneront peu de dégâts à l’Athénée « légèrement endommagé » (5) et le préfet fera procéder aux réparations les plus urgentes, à la toiture et aux fenêtres.

Malgré l’Occupation et ses conséquences pour la population, les cours seront assurés. Certains professeurs (6) ont quitté la Belgique, d’autres connaîtront la captivité (7) en Allemagne. Pour éviter le travail obligatoire ou entrer dans la résistance, des élèves quitteront l’école (8).

 De 1941 à mai 1944, des travaux sont effectués à l’établissement (dallage, préau), les examens se déroulent normalement et le préfet se félicite de la conduite des élèves comme du personnel. A propos du « Concours de l’Académie » de 1943, il commente :
Aucun élève ne s’est présenté à ce concours ; deux élèves de rhétorique et seconde, qui étaient décidés à s’y présenter, ont été obligés d’y renoncer par suite de leur état de santé. Personnellement, j’estime que la période que nous traversons actuellement est peu propice à ce genre de travail ; nos élèves, sous-alimentés, sont déjà suffisamment surmenés, sans y ajouter un surcroît de travail. J’applaudis de tout cœur à cette initiative, mais en période normale.

Le 1er mai 1943, le bouillonnais Léon Degrelle, chef du mouvement Rex, adresse une proclamation (9) à la jeunesse :
Cette guerre n’est pas une guerre comme les autres, c’est une guerre révolutionnaire qui décidera du triomphe des masses assoiffées de bonheur ou de celui d’ignobles maffias internationales.
Tous les hommes jeunes doivent lutter pour gagner la guerre et la révolution !

Ces paroles ne font plus guère illusion auprès de la population.

Quelques jours plus tard, le 25 juillet, Léon Degrelle, de retour à Bouillon, s’en prend au Doyen Poncelet et le séquestre. Le 19 août, l’évêque de Namur décrétera l’excommunication de Degrelle (10).

La Résistance (le maquis ardennais) emploiera tous les moyens possibles pour contrarier, par la lutte armée et par des actes de sabotage, toutes les décisions de l’occupant (l’administration allemande, la « Ortskommandantur », de Neufchâteau) et des collaborateurs. Un vent d’espoir se soulève.

Le 5 juin 1944, la BBC diffuse ces vers de Verlaine : «  Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone ».

Les Alliés débarquent en Normandie.

 A Bouillon, le 8 juillet 1944, des résistants assassinent le pharmacien Edouard Degrelle, frère de Léon. Cet événement emportera des conséquences graves pour la population. Laissons, une fois encore, la plume au préfet Gillet, qui évoque la fin de l’année scolaire 1943-1944 (42).
 Contrairement à la majorité des établissements du pays, les cours se sont donnés d’une façon normale pendant toute l’année scolaire ; à partir du 16 mai […], le régime du demi-temps a été instauré et a fonctionné jusqu’à la fin de l’année scolaire ; les programmes ont été entièrement vus dans toutes les classes et par la majorité des élèves ; il y a lieu d’observer que quelques élèves internes ont cessé de fréquenter les cours, les uns dès le début de mai, d’autres à partir du 6 juin ; ces élèves ont suivi les cours dans d’autres établissements de leur domicile ou des environs ; quelques élèves pérégrins des villages de Sugny et Pussemange ont cessé de fréquenter l’école par suite de la suppression des trains, tant à l’aller qu’au retour. Si les circonstances le permettent, des répétitions gratuites seront organisées à partir du 8 septembre jusqu’au 15, pour les élèves ayant à subir des examens de passage.
Je vous ai signalé, par lettre du 9-7-44, qu’à la suite de l’assassinat du pharmacien Degrelle, 50 otages avaient été arrêtés le 9 juillet, parmi lesquels 2 professeurs, le surveillant du Pensionnat et 2 élèves. Le Ministère a fait les démarches nécessaires pour obtenir leur libération ; jusqu’à présent, aucun n’est rentré dans sa famille ; je me ferai un devoir de vous prévenir dès le retour de ces otages.
Enfin, je tiens à vous signaler que l’autorité occupante a réquisitionné tout l’établissement, ainsi que le Pensionnat et mon logement particulier pour y placer des troupes attendues incessamment ; jusqu’à présent, il ne s’est rien amené. J’ai fait prendre toutes les dispositions utiles pour mettre le matériel didactique en sûreté dans les laboratoires de physique et de chimie qui, très probablement, ne seront pas occupés, d’après la promesse qui m’a été faite. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des futurs événements en ce qui concerne notamment l’occupation des locaux.

 Les forces alliées poursuivent la libération de la France. La débâcle allemande est consommée et les exécutions sommaires se multiplient. Avant de quitter Bouillon, les Allemands font sauter les ponts pour freiner l’avance des Alliés. Les bombardements de l’aviation américaine occasionneront des dégâts considérables à la ville.

Le 8 septembre 1944, le gouvernement Pierlot, revenu d’exil, rentre à Bruxelles. Le 20 septembre, les Chambres proclament régent du royaume le prince Charles, frère du roi Léopold III.

 Les récents bombardements empêchent l’Athénée d’ouvrir ses portes à la date normale de rentrée : il faut réparer les plafonds, les portes, les toitures de l’établissement, du pensionnat et du logement du préfet. Le 6 novembre 1944, les élèves réintègrent enfin leurs classes et rêvent d’un avenir meilleur.

La paix retrouvée permet à l’établissement de reprendre ses activités normales. Le préfet réorganise les mouvements de jeunesse qui existaient avant la guerre, la « section aéronautique » pour les 3 classes supérieures (organisation de baptêmes de l’air) et la « Croix Rouge de la jeunesse » pour les 3 classes inférieures.

Des circulaires ministérielles précisent le contenu de certains cours : une place est accordée à l’enseignement des lettres françaises de Belgique et le professeur d’histoire animera des causeries sur «  la Constitution Belge », « les Institutions Publiques » et « L’essor du mouvement coopératif » (43).

 Le 8 mai 1945, les Allemands vaincus signent leur capitulation : la seconde guerre mondiale en Europe se termine.

 A Bouillon, la longue carrière préfectorale d’Ephrem Gillet prend fin à l’issue de l’année scolaire 1944-1945 : il signera son dernier rapport le 11 août 1945 (44).

 L’Histoire tourne l’une de ses pages les plus sombres…

SOURCES ET NOTES

[1] Voir : TAGHON (Peter), Mai 40. La campagne des dix-huit jours, Belgique Loisirs, (1990).

[2] Registre aux délibérations du Conseil Communal, 1938-1947 (A.V.B.). Pendant l’Occupation, les Allemands construiront des ponts en bois, qu’ils détruiront en 1944 pour freiner l’avance des Alliés.

[3] Même si la mention «  Athénée Royal » n’est pas encore officielle, elle est utilisée de plus en plus fréquemment dans la correspondance relative à l’école.

[41] [42] [43] [44] Registre des rapports annuels, 1920-1955 (A.A.R.).

[5] Classement établi par la Ville de Bouillon, concernant les « Maisons d’habitation endommagées par suite de faits de guerre » (A.V.B.).

[6] Jean Camion, professeur de dessin, a quitté Bouillon au moment de l’invasion allemande. Il retrouvera sa maison endommagée et pillée.

[7] Pierre Gillet, fils du préfet et professeur de français à l’Athénée après la guerre, relate cette période dans son livre : Le Temps des débâcles. 1939-1945, ouv. cit.

[8] C’est le cas de Georges Saint et de René Maquet. Voir, dans l’Annexe 4, la relation que Georges Saint a faite de son évasion de l’Athénée (Coll. G. Fourneau), en vue d’étoffer le dossier qu’il a présenté après la guerre pour obtenir le statut d’évadé.

[9] Cité dans : GALLE (Hubert) et THANASSEKOS (Yannis), La Résistance en Belgique. 1940-1945, (Bruxelles), (Ed. J.M. Collet), (1979), p. 46.